La Gazette des Biquets N° 9

CANARIES, SÉNÉGAL, GAMBIE


Début novembre 2000, bye-bye El Marocco. Nous hissons les voiles la nuit tombée pour les Iles Canaries.

Une remise en main bien sévère nous attend. Dès le cap Agadir doublé, nous subissons 40 nœuds de vent par le travers jusqu'au milieu de nuit, puis tout rentre peu à peu dans l'ordre. Voyage taille fièrement sa route durant les 2 jours suivants avec de bonnes conditions de navigation et quelques heures avant notre arrivée, 2 thons "portion" régalent l'équipage.

Nous sommes fatigués après une si brève traversée et mettons cela sur le compte de nos aventures sac à dos dans le haut Atlas Marocain. Nous décidons de relâcher une dizaine de jours sur la petite île de Graciosa située au nord de l'archipel. Ce petit paradis nous semble bien choisi pour notre cure de repos : pas de voiture, pas de route goudronnée, juste quelques sentiers et un minuscule village de pêcheurs aux petites maisons blanches et volets bleus.

Nous profitons de cette halte pour mettre à jour notre gazette qui occupe toutes nos matinées. Nous réservons les après-midi, après la sieste obligatoire, à des activités un peu plus sportives. Nous équipons les VTT et découvrons de belles balades aux pieds des volcans de l'île, suivies de baignades rafraîchissantes.

En pleine forme, nous reprenons nos navigations d'île en île avec Lanzarote, Fuerteventura, Gran Canaria et sa capitale la ville de Las Palmas. Voici venue l'heure de faire le gros approvisionnement, sans oublier les jambons "serrano" et les kilos de savoureux fromages de "cabra". En effet, il s'agit de notre dernier ravitaillement "Européen" avant plusieurs mois, alors nous achetons en grosse quantité les savoureuses victuailles. Ici, aucun dépaysement, Cortes Ingles et Carrefour sont implantés sur l'archipel !!! Un service de livraison est même prévu pour les voiliers et les vivres nous sont déposées, soigneusement emballées, sur le ponton de la marina. Nous passerons plusieurs heures à ranger tous ces délices. Ouf, quelle suée !!!

Début décembre, les cales sont pleines, nous songeons à appareiller pour une traversée de 830 milles et rejoindre Dakar au Sénégal.

"BONJOUR L'AFRIQUE, NANGA DEF ?"

Après quelques heures de voile, la brise devient légère et le moteur prend le relais durant les 3 jours suivants. Notre réserve en carburant diminue et nous sommes soulagés de voir enfin l'alizé s'établir. Une navigation de rêve s'offre à nous en longeant les côtes Mauritaniennes et le banc d'Arguin.

La pêche est miraculeuse : barracuda, dorades coryphène, thons et espadons sont au rendez-vous, mais une surprise nous attend. Soudain, le chant du moulinet se fait entendre, 100 mètres, 200 mètres de fil partent en un éclair. Le déroulement rapide du crin ne nous annonce pas une sardine !!! La canne en fibre de verre complètement voûtée menace de céder. Nous affalons les voiles et deux heures de bataille seront nécessaires pour ramener la prise à l'arrière du bateau. Nous apercevons la bête. Une gueule agressive, un large aileron sur le dos, pas de doute : c'est un requin d'un bon mètre cinquante !!!

Pas question de le monter à bord, le mieux serait de s'en débarrasser sans perdre le leurre qui est un magnifique rapala. Deux solutions se présentent à nous : soit se jeter à l'eau, tel Rambo, couteau au poing afin de récupérer le bien dans la gueule des "dents de la mer", mais prendre un bain en pleine digestion, c'est bien connu, cela peut être dangereux… Soit la deuxième solution qui consiste simplement à sectionner le fil.

L'entracte terminé et le fil sectionné, nous poursuivons notre navigation, escortés par des centaines de dauphins acrobates, spécialisés dans le double sauts périlleux terminé par une belle vrille. Le spectacle est magique. Merci la Vie !

Voyage file à bonne allure et, à cette vitesse, l'amerrissage à Dakar est prévu au beau milieu de la nuit. Nous connaissons déjà les lieux, mais préférons lever le pied afin d'arriver au lever du jour et éviter ainsi les nombreux filets de surface.

A l'aube du 10 décembre 2000, nous apercevons les îles de la Madeleine suivies de l'île de Gorée. Les odeurs fortes de la terre et le brûlis des cacahuètes nous enivrent déjà. Les premières pirogues colorées apparaissent avec, à leurs bords, des pêcheurs souriants nous souhaitant la bienvenue. Pas de doute nous sommes bien en Afrique.

A l'interieur de VoyageDAKAR

A 11 heures, Voyage se repose dans la baie de Hann devant le cercle nautique de Dakar. Un ponton en bois sert de débarcadère pour la pirogue du passeur qui nous conduit directement à l'entrée du CVD. L'ambiance "baroudeur" n'a pas changée, le climat y est toujours fort sympathique.

Nous partons faire les formalités d'entrée au Sénégal sous une chaleur torride, des milliers de têtes noires grouillent dans les rues, vêtues de magnifiques tissus de couleurs. Les marchands ambulants nommés ici "Banabana" avec leurs minuscules présentoirs investissent les trottoirs. Du paquet de cigarettes au savon de Marseille en passant par le sucre et la paire de claquettes, ici tout se négocie, tout est à vendre. Cette panoplie d'articles est amoncelée sur des tablettes en bois d'une trentaine de centimètres que l'Harmattan fait tomber à chaque courant d'air !!! Des cases en bois aux bidonvilles, voici une belle maison coloniale transformée en chambre de commerce ! La misère et la richesse vivent sur le même trottoir. Ici tout le monde à sa place, on ne cache rien !

Dakar ? On aime "pas du tout", "un peu", rarement "beaucoup" et encore moins "à la folie" ! Quoi qu'il en soit, en arrivant au Sénégal c'est un passage obligé pour faire les formalités et, qu'on le veuille ou non, c'est quand même le centre de ralliement politique, économique et culturel de l'Afrique de l'Ouest et il s'y passe toujours quelque chose.

Nous sommes à la veille de Noël. Notre petit sapin et ses quatre guirlandes décorent l'intérieur du bateau et tentent de recréer l'atmosphère magique des fêtes de fin d'année. Nous avons beaucoup de mal à imaginer un père Noël, étouffant de chaleur avec bottes et manteau fourré, dégoulinant de sueur sous 30 degrés à l'ombre.

Loin de nos familles, de nos racines, le cœur n'est pas à la fête. Nous nous regroupons avec quelques amis navigateurs, pour savourer un bon repas bien de chez nous et passer un agréable moment ensemble.

LES ILES DU SALOUM

Voici les premiers jours de l'année, nous changeons de calendrier et partons en reconnaissance pour une croisière dans les îles Saloum avant de recevoir Sue et Patrice.

Ce delta, coincé entre la petite côte Sénégalaise et la Gambie forme un fouillis inextricable de centaines d'îles et de bancs de sable. Rien n'a changé depuis notre passage en 1997. Voici l'Afrique hors des sentiers battus avec ses petits villages de brousse entourés par la mangrove de palétuviers. Le moment le plus intense de ce séjour fût les retrouvailles avec Mamadou Djemé "intérim du chef du village" de Ngadior. Nous remontons un petit belon large de moins de dix mètres par endroits pour venir mouiller devant les cases de ce minuscule village vivant en autarcie totale, perdu sur une île.

Aussitôt l'ancre posée, les villageois forment un attroupement et se mettent à frapper des mains en chantant. C'est incroyable, ils nous reconnaissent en criant "Biquet, Biquette". On apprendra par la suite que depuis notre précédent passage en 1997 à Ngadior, aucun bateau ne s'est aventuré ici ! Le soir s'improvise une fête avec danses et combats de luttes orchestrés par Mamadou.

Nous passons trois jours avec eux dans la joie et la bonne humeur et diverses activités s'offrent à nous. Les femmes chantent et dansent en travaillant aux champs, il fait 45° degrés au soleil. Nous participons à ce dur labeur et taillons de la paille à l'aide de faucilles, celle-ci assemblée en bottes, est utilisée pour recouvrir le toit des cases.

Nous réparons le système de branchement du panneau solaire qui alimente la seule et la plus importante lumière du village : l'ampoule de la mosquée. Nous tentons de les aider en leur donnant quelques vêtements et médicaments accompagnés de soins dans la limite de nos connaissances médicales.

Mamadou qui souhaite nous remercier à son tour se propose de nous offrir un terrain afin de construire un "domaine" au milieu des palétuviers ! Si nous la désirons en paille et toit de chaume, la construction sera faite en trois ou quatre jours et, je cite : "nous serons sur la terre ferme et non pas en camping dans une grande pirogue" ! Après tout, pourquoi pas !!! Nous allons y réfléchir, mais en attendant, nous devons nous quitter afin de regagner Dakar, lieu d'embarquement de notre nouvel équipage.

Remontée vers Dakar via Sali et là, surprise : Jacques, un ami Toulousain actuellement au Sénégal, nous téléphone pour connaître notre position afin de nous rejoindre. Rendez-vous pris, nous nous retrouvons à Sali et il embarque pour trois jours avant de rentrer sur le vieux continent. C'etait super sympa. Bye, bye Jacquot et à bientôt !

L'avion atterrit trente minutes avant l'heure prévue, signe de bon présage au Sénégal !!! Voici Sue et Patrice, et pour fêter l'évènement, c'est l'arrivée du Paris-Dakar. Nous profitons des circonstances pour découvrir une autre forme de navigation… dans les dunes de sable.

Les voiles hautes, nous filons plein sud vers les îles Saloum, accompagnés d'un autre voilier franco-belge (Embrun) ayant pour équipage Jacqueline et Fernand rencontrés aux Canaries. L'adaptation de Sue et Patrice est immédiate et pour cause : ils ont sillonné toutes les mers du globe sur des voiliers de prestige, il ne leur manquait plus qu'une croisière sur "Voyage" !

Nous progressons dans les belons entre les bancs de sable, les yeux fixés sur le sondeur pour atteindrent les sites sauvages. Nous découvrons des villages de brousse en pleine "pampa" où les habitants nous accueillent chaleureusement et nous savourons la vraie vie Sénégalaise. L'ambiance à bord est rythmée par la course à pied et/ou la gymnastique matinale, la découverte des villages, les pêches aux coquillages et aux poissons, la navigation, le tout ponctué par des séances de littérature.

La croisière prend fin au village de Ndangane. Bye, bye, les amis et "dieuré dieuff", en espérant vous retrouver sur l'archipel des îles du Cap-Vert. Inch Allah !

LA GAMBIE

Quelques fruits et légumes dans la cambuse, nous levons l'ancre pour un tout petit pays et ancienne colonie Anglaise : la Gambie. C'est une étroite bande s'étendant sur 15 à 25 km enclavée dans le Sénégal. Mais la Gambie, c'est avant tout son fleuve. Il prend sa source dans le Fouta-Djalon en Guinée Conakry et serpente sur plus de 1.000 km dans le Sénégal oriental avant de devenir Gambien à part entière et se jeter dans l'Atlantique.

La proximité géographique avec le Sénégal ne se vérifie malheureusement pas en matière des droits de l'homme. Les efforts dans ce domaine semblent totalement réfractaires au président Gambien et les douaniers sur les routes, très tatillons, toujours à l'affût d'un petit billet, vous expliqueront votre chemin dans un "typical english".

Une journée de navigation sans problème nous permet d'accoster sur la capitale Banjul afin d'effectuer nos formalités d'entrée toujours en bonne compagnie du voilier "Embrun". Visas et tampons sur les passeports, quelques Dalasis pour le parc national, c'est tout bon nous sommes en règle !

LA FAUNE AFRICAINE

Nous avons droit ensuite à une présentation de la faune de la réserve naturelle en acceptant les conséquences encourues à nos risques et périls… En effet, les animaux que nous allons rencontrer sur le fleuve où dans la brousse sont susceptibles de nous créer quelques dérangements !!!

Balade sur le fleuve GambieNous rencontrerons des moustiques, des mouches tsé-tsé, des chimpanzés, des hippopotames et… des crocodiles. Bref, tout un programme !!!

- Les moustiques, pas de problème nous suivons un traitement anti-paludéen.

- Les mouches tsé-tsé, c'est moins sympa, il n'existe rien pour se protéger, il faut se débrouiller pour ne pas se faire piquer car elles peuvent nous transmettre la trypanosomiase ou maladie du sommeil et nous ne souhaitons pas transformer notre séjour en cure de repos.

- Les chimpanzés, pas rassurantes du tout, ces bestioles ! Je cite quelques passages écrits : "L'approche d'un navire avec ses occupants est en soi suffisant pour exciter les chimpanzés. Cela dérange l'harmonie du groupe donc certains mâles dominants et frustrés peuvent, dans la "chaleur" de leur action, perdre tout contrôle. Lorsqu'ils sont excités, les chimpanzés peuvent grimper sur des branches d'arbres trop faibles et tomber dans la rivière où dans votre bateau !!! Dans cette situation il y a de fortes chances pour que, dans l'affolement général, quelqu'un soit blessé par la chute dans le bateau, et qu'il en morde un autre dans la panique !!!"

- Les hippopotames, ils sont nombreux et considérés comme l'un des animaux les plus dangereux d'Afrique. Nous esquissons un léger sourire en pensant : c'est lourd, c'est gros, et ça a l'air pataud et si inoffensif !!! Nos sourires se crispent rapidement en découvrant la suite. "Ils peuvent se déplacer sur terre à plus de 30 km/heure et faire chavirer sur le fleuve un bateau et à fortiori un zodiac. Non seulement l'équipage est trempé, mais l'animal a le choix entre le piétinement ou se faire un hamburger !!! "

- Les crocodiles, ils sont horrifiants, et les baignades dans le fleuve ne sont pas recommandées car… mangés tout crus. (Je vous laisse le soin de compléter.)

Les formalités terminées, les autorités nous souhaitent "bon voyage et bonne chance."!!!

Nous remontons le fleuve avec la marée favorable (3 nœuds de courant en moyenne) et progressons vers l'intérieur des terres durant trois jours. Peu à peu l'eau saumâtre se transforme en eau douce, mais ce début de croisière fluviale nous paraît bien hostile. Pas un bateau (le fleuve est pourtant navigable sur 240 kilomètres), pas un village, même pas une maison au bord de l'eau seulement des palétuviers, des palétuviers, et toujours des palétuviers. Au crépuscule, au mouillage, pas un bruit, le silence absolu, angoissant, juste le bruit de l'eau qui frémit portée par le courant. Puis, dans la pénombre la nature se réveille…

Nous reconnaissons le chant des oiseaux, les cris des singes, le hurlement des hyènes, mais bien d'autres bruits restent indéterminables… Heureusement nous sommes deux voiliers et cela nous stimule à poursuivre.

La deuxième partie du fleuve nous mène jusqu'à 240 kilomètres à l'intérieur de cette bande de terre qui reste étonnante à tous points de vue. Les environs sont toujours aussi peu peuplés (la Gambie possède la 4e place pour ce qui est du nombre d'habitants au km), mais tout de même, nous devrions rencontrer des Mandingues, des Peuls, des Wolofs, des Diolas, des Sarakolés et pour finir des Toucouleurs et des Sérères… Pas une âme qui vive, ils sont tous à la sieste ou quoi ?

  

Les quelques villages de brousse rencontrés lors de nos escales nous paraissent bien déserts et très pauvres (si nous les comparons au Sénégal), quelques pêcheurs posent leurs filets à l'aide de fines pirogues taillées dans la masse d'un tronc d'arbre, propulsées uniquement à la pagaie. La végétation est luxuriante et varie le long du fleuve, la faune est bien présente surtout dans la réserve naturelle. Les mouches tsé-tsé, ça pique, ça pique, mais elles ne nous ont dérangés que deux ou trois jours car il n'y avait pas un souffle d'air. Ouf !

Dans les belons tranquilles, les hippopotames se dorent au soleil sur les plages de vase, mais disparaissent dans les profondeurs à notre passage. Quelques colonies de singes postés sur les plus hautes branches surplombant la rive nous observent comme des bêtes sauvages… Trouvez l'erreur ! Quant aux crocodiles, ils se sont faits discrets, sûrement bien planqués ou partis en vacances…

À 240 kilomètres de l'embouchure, voici l'ancienne capitale de la Gambie, Georgetown située sur une vaste île au milieu du fleuve. Ici le temps semble arrêté et le petit bac tiré à la main pour traverser la rivière conserve le charme de la vieille ville.

Il faut penser à présent à regagner la mer car notre visa d'un mois arrive à sa fin. Malgré la chaleur torride, nous garderons un excellent souvenir de cette croisière hors des sentiers battus, dans une magnifique ambiance couleur nature.

A suivre… dans notre prochaine gazette.

Nos futures navigations :
de mars à juin 2001 : la Casamance
de juillet à septembre 2001 : retour en France
de novembre à décembre 2001 : les iles du Cap-Vert

Pour nous retrouver à bord, cliquez sur Embarquez sur "Voyage"

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