La Gazette des Biquets N° 8

TOULOUSE, BALÉARES, GIBRALTAR, MAROC


NOUVELLES AVENTURES NAUTIQUES AVEC UN TROISIÈME DÉPART LE 14 JUIN 2000

LE CANAL DU MIDI

Le convoyage de Toulouse à Agde est réalisé en 15 jours. Nous faisons de petites navigations journalières de 3 ou 4 heures qui ne sont pas forcément aussi faciles que ce que l'on peut imaginer. En effet, ce canal, œuvre de Paul Riquet, qui relie l'Atlantique à la Méditerranée, fut réalisé pour assurer le transport des marchandises par des péniches. Il n'est donc pas spécialement étudié pour les voiliers d'une certaine taille qui ont des difficultés au passage des écluses.

Le bateau est toujours à deux doigts de toucher les rives ainsi que le haut des voûtes des nombreux ponts, en formant un sillon permanent avec sa quille dans la vase.

Seule petite ombre au tableau : nous manquons le passage du pont de Capendu (le plus bas de tous) qui nous arrache le nouveau taud protège-soleil que nous avions soigneusement réalisé pendant l'hivernage à Toulouse. Après quelques soudures et coups de peinture, l'erreur est réparée. Cela dit, il n'y a pas de quoi en avoir l'appétit coupé, cette belle balade au fil de l'eau nous permet de goûter aux spécialités culinaires des diverses régions traversées.

A notre arrivée au Grau d'Agde, nous sortons le bateau hors de l'eau pour le traditionnel carénage annuel suivi de la remise en place du mât afin de regagner Port Leucate.

ENFIN DU VENT DANS LES VOILES

Nous avons rendez-vous avec Claudette et Jean-Louis pour une croisière de 14 jours sur les îles Baléares et plus précisément l'île de Minorque. A peine amarrés à quai, nous apercevons leurs deux silhouettes alourdies par leurs sacs à dos. Les présentations sont rapides car nous nous connaissons depuis plusieurs années.

Nous appareillons en prévoyant une première escale à Port Ligat près de la frontière Espagnole. Dès notre arrivée sur zone, la météo se dégrade et nous mouillons par prudence nos 60 mètres de chaîne près de la maison de Salvador Dali.

Le vent de Nord-Ouest redouble de violence et les quarts de nuit s'organisent à tour de rôles. Soudain, "Voyage" se met à déraper en direction des rochers. Dans la seconde Biquet réagit en se jetant sur la clé de contact, moteur à fond, "en avant toute", nous évitons de justesse les rochers. Ouf ! belle frayeur nous attaquons fort pour une remise en main, enfin plus de peur que de mal.

La tempête terminée, l'équipage se remet doucement de cette nuit de veille.

MINORQUE, MAJORQUE, IBIZA

Nous hissons les voiles pour traverser sur les îles Baléares, mais le vent n'est plus au rendez-vous ; rien d'étonnant en Méditerranée. Par contre, la pêche à la traîne est animée par la prise de 3 thons au soleil couchant. Je me souviens encore de la tête de Jean-Louis, les doigts figés sur la canne, les yeux écarquillés sur la prise, là, à quelques mètres de l'arrière du bateau, la bête se débat violemment lui reprenant plus de 100 mètres de crin faisant chanter le moulinet. Il hurle de joie, cette énorme prise doit peser plus de 35 kilos. Belle truite hein, Jean-Louis !!!

Le séjour, est aussi ponctué par des cours de natation pour Claudette qui terminera la croisière avec masque, palmes, et tuba !!! Qui dit mieux ? Bye, bye les Toulousains à très bientôt devant un bon confit !!!

Vingt-quatre heures après leurs départs, nous nous rendons à l'aéroport de MAHON afin de retrouver notre nouvel équipage : Martine et Sylvester. Rapidement l'harmonie se crée au sein de l'équipage. Les journées sont ponctuées par quelques milles de navigation pour parvenir à un nouveau mouillage, suivies de sympathiques balades aquatiques pour découvrir les lieux. Au coucher du soleil, Martine et Biquette, élèves assidues, s'installent sur la plage avant : le cours de gym va débuter !

Dans le cockpit, la conversation va bon train. Sylvester s'informe sur la vie en bateau, car il souhaite être un jour propriétaire. Biquet intarissable sur le sujet, mène la discussion, ponctuée par quelques verres de sangria et les paniers entiers d'oursins qui attendent pour l'apéro !!!!

Nous partons des calanques du Sud de Minorque pour la côte Ouest de Majorque, la traversée est agrémentée par une brise de force 4, Sylvester maîtrise la barre, c'est super. Merci la Vie ! Le "stage" de voile arrive à sa fin pour Martine et Sylvester. En pleine forme physique, les voilà prêt pour affronter de nouveaux horizons : les terrains de golf de l'île de Majorque. Bye, bye les amis, à très bientôt pour les îles du Cap-Vert mi-juillet.

Voici l'île de Majorque, point de départ de notre troisième et dernière croisière de l'année avec Dany, Eric, Rose et André. L'équipage au complet, nous traversons vers l'île d'Ibiza après avoir séjourné les trois premiers jours dans le sud de Majorque en attendant le bon vent. Une traversée bien ventée nous permet de rejoindre l'île rapidement. Biquet fait des chasses sous marines exceptionnelles. De magnifiques poissons agrémentent les repas à bord de Voyage au grand ravissement de l'équipage.

De calanque en calanque, nous arrivons sur l'île d'Espalmador, peut-être bien la perle des Baléares. Bains de boue assurés, plage de sable blond, eau turquoise, un petit air des Antilles flotte sur ce beau mouillage.

Il est temps de se quitter avec une grande pensée pour Dany à qui nous souhaitons un prompt rétablissement pour les problèmes de santé qu'elle doit régler à l'arrivée. Nous nous retrouvons seuls, un peu désemparés après ces croisières en bonne compagnie.

Nous devons nous secouer pour faire route sur Gibraltar. En effet, la côte Sud de l'Espagne présente bien peu d'intérêt pour la navigation à notre goût.

Dix jours sont nécessaires pour regagner Gibraltar et deux jours de plus pour arriver jusqu'au fleuve Guadiana, frontière entre l'Espagne et le Portugal. Nous profitons de la situation géographique pour abandonner "Voyage" et visiter pour une petite semaine la belle ville de Séville pendant le festival du flamenco.

LE MAROC, septembre 2000

De retour au bateau, nous prenons la décision de filer vers le Maroc malgré la mauvaise réputation pour les conditions de navigation (hauts fond accompagnés de grosse houle) dans cette zone. Une navigation de 3 jours est nécessaire mais bien trop rapide à notre goût et pour cause : poussés par un fort vent soufflant en rafales nous déboulons plein pot jusqu'au port d'Agadir.

Salam Maleikoum ! Maleikoum assalam ! Surpris par les odeurs nauséabondes et la saleté du lieu, nous apprenons que nous sommes dans le premier port mondial de pêche à la sardine !!! Nous amarrons le voilier sur un petit quai surnommé "yacht-club" et fuyons rapidement les odeurs des lieux, sac à dos, afin de visiter le pays. Le temps de trouver le guide du routard, d'esquisser un vague programme et nous voilà partis pour une nouvelle aventure.

Nous sommes au premier rang d'un bus local, pour découvrir le paysage, mais il n'en est rien du tout ! A chaque doublement ou croisement d'un camion, l'air constipé et les fesses serrées, nous sommes de plus en plus inquiets par la conduite du chauffeur. Le must est peut-être à quelques kilomètres de l'arrivée, quand nous voyons surgir une pédale d'embrayage, passant par le dessus de l'épaule du chauffeur et venir finir sa course sur nos genoux. Visiblement peu surpris, le chauffeur passe les vitesses comme je vous laisse l'imaginer, pour atteindre le prochain village et le petit garage qui a le fer à souder qui va bien, et nous voilà repartis pour un tour.

Hamdullah ! (Que Dieu soit loué !). A la descente du bus nous nous jurons de ne plus recommencer ce type d'expérience, apprenant de plus que la première cause de mortalité dans ce pays sont les accidents de la route ! Nous poursuivons notre périple en stop, choisissant des véhicules à quatre roue munis de pneus à peu près gonflés, ressemblant au mieux à une voiture.

Nous passons par Essaouira, puis Marrakech. Cette immense ville semble magique avec ses souks innombrables et sa place centrale Jemaa el Fna, située au cœur de la médina. Nous restons fascinés pendant une bonne semaine par le véritable spectacle présent tout au long de la journée sur cette place. Elle grouille de monde, de couleurs et d'odeurs. Charmeurs de serpents, conteurs d'histoires, barbecues de tête de mouton, escargots farcis, presseurs de jus d'orange et sorciers médicaux qui vendent leur Viagra Marocain, un véritable souk !!!!

Heureux mais fatigués, nous partons vers la montagne pour faire des randonnées pédestres dans le Haut Atlas.

LA MONTAGNE MAROCAINE (HAUT ATLAS)

Au sommet du Toubkal, à plus de 4.000 mètres, nous rencontrons un Américain, Kévin qui est venu se perdre dans le coin ! Nous sympathisons rapidement car nous avons un point commun. Si certains tentent de faire un tour du monde en voilier, d'autres le font en VTT !!!

Le lendemain, nous rencontrons un couple d'Espagnols, Angelina et Pépé et formons désormais une équipe de 5 gais lurons, partis pour gravir sommets et vallées du Haut Atlas. Nous louons des mules pour transporter nos bagages pour plusieurs jours, sans oublier de charger le VTT de Kévin !!! Durant 4 jours, nous découvrons des paysages superbes à plus de 2.000 mètres d'altitude, des vallées perdues, des villages Berbères hors du temps. C'est super, Merci la Vie !!!

Nous retournons à Marrakech pour fêter l'anniversaire de Pépé, et nous séparons après avoir échangé nos adresses "e-mail "car nous nous retrouverons en 2002 pour la traversée de la cordillère des Andes sac au dos. A suivre …

L'AVENTURE AVEC UN GRAND "A"

Nous poursuivons vers le Sud-Ouest du pays, à la rencontre des oasis et des belles palmeraies, pour arriver dans la région du Dadès. Ces gorges constituent un véritable enchantement avec la vallée des milles Casbahs où l'Oued Dades se faufile entre deux hautes murailles.

Palmeraies et jardins font des taches colorées sur le fond ocre des montagnes. Les gorges du Dadès apparaissent comme un coup d'épée dans cette masse calcaire. De l'autre côté de la vallée, les gorges du Todgha, ne sont pas moins impressionnantes avec leurs deux hautes falaises, entre lesquelles on pénètre comme dans une gigantesque cathédrale dont la voûte se serait effondrée pour faire place au ciel. Au cours de nos nombreuses rencontres, nous apprenons qu'une balade de 2 ou 3 jours est à réaliser en 4 X 4 dans le secteur. Cet itinéraire accidenté est devenu très difficile à ce jour, et seul un camion benne le réalise une fois par semaine, après le souk, à partir du village Msemir.

Nous voici embarqués le jour "J" avec trois Belges et un couple de Français que nous avons motivés pour ce "raid authentique". Nous démarrons à 13 heures pour l'aventure. Nous ne sommes pas seuls à partager la benne ! Sacs de blé, moutons, et… 43 personnes représentent le fret. Tassés comme les sardines d'Agadir, nous attaquons la piste à la vitesse de 5 km/h.

L'ambiance est gaie dans le camion car plus de 25 Berbères partent pour un petit village de montagne fêter un mariage. La mariée fait partie du convoi.

La météo se dégrade sérieusement. La pluie, l'orage, la tornade arrive. Quand je pense qu'il n'y avait pas eu de pluie depuis plus de trois ans ! La piste se gorge d'eau et ravine à son passage. Trempés, les sourires se crispent à la vue des éclairs au milieu des gorges. Une bâche nous recouvre entièrement pour nous protéger un peu. Quatre heures ainsi paraissent interminables, et quel souk là-dedans !!!

Soudain l'arrière du camion se déporte vers le ravin et tout bascule !!! Des corps, des bras, des jambes, des sacs sont éjectés dans le vide accompagnés de hurlements qui déchirent la montagne. Je bascule. Je ne comprends rien. Je me mets en boule pour me protéger. Je roule dans ma chute, mais ma jambe droite me stoppe, bloquée parmi les sacs de blé. Des planches dégringolent et tout s'arrête !!! Ma jambe se dégage, je cherche à m'extirper du monticule de corps qui se débattent dans la boue. J'entends Biquet qui hurle : Biquette, Biquette, où es-tu ? Je sens une main qui m'attrape derrière la nuque, comme l'on attrape les petits chats !!! Biquet m'extrait de la masse pour me tirer loin de là, et éviter le pire car le camion est en équilibre prêt à se retourner sur nous. Non, ce n'est pas l'heure, le camion s'immobilise sur la tranche !!! Les gens pleurent de peur en se relevant difficilement, des brebis gisent au sol, les sacs de blé éventrés se déversent encore sur les corps toujours à terre. Nous n'avons rien. Inch Allah !

Je protège une petite fille aux pieds nus qui pleure, elle se blottit dans mes bras. Sa mère s'occupe du bébé qu'elle tente de rassurer. Il y a un bras cassé, un nez écrasé et sûrement de beaux hématomes. Mais tout le monde est sain et sauf. C'est un miracle. Nous retrouvons nos copains Belges et Grenoblois, récupérons nos sacs à dos et suivons les Berbères pressés qui descendent la piste car, dans une heure, c'est la nuit noire !

Renseignements pris nous sommes à 30 kilomètres du premier village !!! Nous progressons sous la pluie, qui à présent se transforme en grêle. La nuit tombe nous obligeant à stopper la marche. Nous plantons le camp sous un énorme rocher qui surplombe un abri naturel. Heureusement les Berbères connaissent bien la montagne, et organisent pour se chauffer, de petits feux. Pour se restaurer un agneau est dépecé et grillé sur place, nous faisant patienter jusqu'à l'aube. Nous séchons à tour de rôle nos vêtements près du feu.

Blanc, tout est blanc, il a neigé toute la nuit, nous avons de la poudreuse jusqu'aux mollets, mais pas les skis ! Nous emmitouflons avec les poches plastiques de nos sacs à dos, les pieds des enfants qui sont en sandalettes car nous allons devoir marcher une bonne partie de la journée. A mi-parcours, le groupe nous quitte pour regagner son village dans la montagne, il est situé encore plus loin que Tamttatouch qui est le bled le plus près pour nous. Deux hommes habitant Tamttatouch nous servent de guides, mais ils vont trop vite ! Nous ne pouvons plus les suivre, et sans se retourner, ils poursuivent leur chemin.

Nous n'arrêtons pas de marcher, les pieds gelés. Nous sommes épuisés et commençons à douter des traces que nous suivons. Il neige de plus en plus mais heureusement nous croisons un nomade avec son âne qui nous aide à retrouver notre chemin. A l'horizon le village se dessine sous la neige. Cette fois c'est bon, nous sommes sauvés ! L'auberge de Baddou nous accueille, nous dégelons nos pieds dans des bassines d'eau tiède. Natalie, Vinciane, Adrienne, Gilles, Yannick et les Biquets se retrouvent devant le meilleur thé du monde !

Nous restons deux jours à nous reposer et poursuivons notre marche vers les gorges du Todgha clôturant la fin de notre "aventure authentique".

Après cette croustillante aventure, nous décidons qu'il est temps de rentrer "au calme" car nous sommes déja début novembre 2000 et cela fait plus d'un mois que nous sommes partis sac à dos. De retour au bateau, un grand nettoyage et les préparatifs de départ s'imposent pour une nouvelle traversée vers les îles Canaries.

A suivre … dans notre prochaine gazette.

Nos futurs projets : Le SÉNÉGAL avec au programme de janvier à mars les îles Saloum et la Gambie, d'avril à mai la Casamance, de juin à novembre les iles du CAP VERT.

Pour nous retrouver à bord, cliquez sur Embarquez sur "Voyage"

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