La Gazette des Biquets N° 5

BRÉSIL, GUYANE, VENEZUELA


LA COTE NORD-EST DU BRESIL

Nous mettons le cap vers SAN FRANCISCO situé dans le Rio PARAGUASSUS de la baie de TODOSANTOS. Au pied d'une basilique en ruine, un petit village s'immisce dans les feuillages. Les maisons sont de terre, avec les inévitables autels aux christs ensanglantés, aux guirlandes scintillantes, aux icônes fatiguées et pâlies, aux cierges qui se consument à côté des photos jaunies. Tout ce petit monde tente de résister au nouveau Dieu : le téléviseur !!!

Nous poursuivons par la ville coloniale de CACHERRA où le marché aux bestiaux est impressionnant. Zébus, ânes et chevaux attendent leurs acheteurs sous l'œil vigilant du cow-boy, gilet de cuir, chapeau sombrero et éperons montés sur les claquettes de plage !!!

Beaucoup de sculpteurs travaillent le bois et quelques peintres naïfs exposent leurs œuvres fort colorées. Une petite halte à ITAPARICA puis nous sortons de la baie, cap au Nord pour RECIFE. Navigation de demoiselle avec un barracuda au repas, beaucoup de bateaux de pêche et Vincent et Brigitte (nouveaux équipiers) qui font des quarts à rallonge car ils adorent naviguer de nuit. Super !

Le port de RECIFE nous accueille le lundi 9 mars à la nuit tombée, entrée en fanfare : sous voiles !!! Capitale de l'état de PERNANBUCO avec son million d'habitants, des immeubles à perte de vue. La ville est entrecoupée de deux fleuves qui traversent la ville, le CAPIBERIBE et le BERIDE, lui donnant le nom de Venise brésilienne. Mais ici pas de tout à l'égout, tout se déverse dans ces fleuves, alors je vous laisse imaginer le spectacle et l'odeur à marée basse !!! Heureusement le "Yate Club" de PERNANBUCO nous laisse un souvenir inoubliable avec un accueil exceptionnel pour les bateaux de passage. Plus au Nord, la petite ville d'OLINDA, capitale de la canne à sucre, désignée patrimoine de l'humanité par l'UNESCO, s'élève sur la colline. Elle ressemble à une palette de couleurs avec ces façades de maisons peintes aux couleurs vives.

Brigitte et Vincent nous quittent après 3 semaines de vie à bord. Nous gardons un très bon souvenir de leur séjour sur Voyage ainsi que de leurs aides médicales pour nos amis navigateurs. Cap au nord pour la ville de NATAL. Nous pénétrons de nuit au milieu du chenal balisé, à quelques mètres de la passe, les vagues brisent sur les récifs ! Chaud devant !!!

Nous ancrons Voyage devant le Club Nautique. Aucune autre possibilité ne s'offre à nous si l'on veut laisser le bateau en sécurité dans la journée et surtout toujours à flots car les marées sont énormes dans cette région. Ambiance feutrée de la haute classe sociale du Brésil, piscine, soirée musicale les pieds dans l'eau. Le soir venu autour des Churrascarios (barbecue de viande), guitare, mambos, cymbales, mènent la danse, le tout bien arrosé de Capirinha (sorte de rhum local où macèrent des morceaux de citrons verts noyés sur un lit de glaçons !!!!)

Biquet danse la samba endiablée, tellement endiablée qu'il s'étale de tout son long et se fait deux entorses aux chevilles !!! Plus moyen de marcher... Heureusement Lucia doctoresse à l'hôpital de Natal s'occupera de lui comme une maman. Et devinez avec quoi elle fait les massages ? Avec de la pommade pour les chevaux !!! Elle est paraît-il plus forte !!! D'ici que le Biquet se mette à hennir !!! Le voici, à présent clopin-clopant avec des béquilles confectionnées avec les rames de l'annexe, je vous laisse imaginer l'allure !!! Il danse maintenant la samba de l'élastoplast !!! et passe ses journées à masser ses chevilles qui dégonflent progressivement.

Deux jours de mer, de la houle, des orages mais un bon vent qui nous pousse allègrement. Seul refuge dans le coin : la marina du parc hôtel de FORTALEZA. Monstrueux immeuble blanc, piscine, transats, aucun intérêt touristique. De toute façon nous n'avons pas le choix !!! Le bureau de poste nous cause quelques frayeurs. La postière ne trouve aucune lettre en poste restante ! Biquette a planté le camp !!! Elle ne sortira du bureau de poste qu'après avoir fouillé dans tous les casiers. Au bout d'une demi-heure, la postière les retrouve !!! Elle les avait classées à la lettre C.... Comme Correios !!! (Poste en Portugais !!!) Et il faut rester calme ; rester Zen !!!

Nous filons vers SAO LOUIS et quatre jours sont nécessaires pour rallier cette prochaine escale. Petit vent, mer houleuse, quatre petits thons et un courant favorable de 3 nœuds pousse VOYAGE pour rentrer dans l'estuaire de SAO LOUIS au milieu des cargos !!!

L'arrivée devant le "yate" club est magnifique. Belle plage de sable fin découvrant à marée basse et d'innombrables barques de pêche aux voiles de couleurs qui remontent l'estuaire. Le club possède piscine, sauna, hammam, animé tous les soirs par des orchestres locaux pour parfaire la rééducation des chevilles du Biquet. SAO LOUIS fondée par les Français en 1612 "cocorico", récupérée par l'UNESCO qui restaure tous les quartiers historiques de la ville nous séduit par sa beauté architecturale.

 

LA GUYANE

Cap au nord pour la Guyane. Cinq jours de mer, beaucoup d'orages et un courant portant qui nous fait faire une moyenne de 8 nœuds constants. Un petit matin, les ILES DU SALUT pointent leur nez à l'horizon. Ballades à pieds, visite de l'île Royale avec le pénitencier et ces belles demeures coloniales. En face, l'île de St Joseph nous fait découvrir des centaines de cellules minuscules, des cachots et une végétation tropicale gigantesque qui pousse à travers les pierres et s'élancent entre les barreaux des cachots. L'éclairage du soleil filtre entre les immenses feuilles de bananiers entrelacées par des lianes donnant à ce décor une très grande beauté malgré la somme des souffrances accumulées en ce lieu durant de nombreuses années ...

À quelques miles nous franchissons l'embouchure du KOUROU afin d'y laisser reposer le bateau sur le ponton du Centre National d'Etudes Spatiales. Nous retrouvons quelques collègues de travail dont Pierre et Franck qui nous organisent diverses virées dont l'expédition dans le nord-est de la Guyane à AWALA YALIMAPO à la recherche des tortues Luths qui viennent pondre la nuit sur la plage des Hattes à marée haute. Nous tendons nos hamacs sous un carbet à quelques mètres de l'eau, la nuit arrive ... Les moustiques aussi !!!! Nous sommes littéralement attaqués par des nuées de bestioles. Nous sommes couverts comme des pots de miel : pantalons, chaussettes, tee shirts, k-way, capuches... Soudain une masse noire énorme sort de l'eau. Elle se hisse lentement sur le sable et commence son ouvrage. Il lui faudra plus d'une heure pour creuser son trou à l'aide de ses pattes arrière palmées. Ce trou atteindra ainsi la profondeur de cinquante centimètres nets et bien circulaire. Elle émet des cris, des râles puis commence la ponte : des centaines d'œufs mous et visqueux.

Nous découvrons également la Guyane en pirogue, la remontée des fleuves, les nuits en carbets, ambiance sauvage assurée et ô combien dépaysante ! Quel magnifique pays pour les amateurs de vraie nature.

ILE DE TOBAGO

Avec regrets nous quittons la Guyane Française, et une navigation de 6 jours nous permet de rallier l'une des plus belle et authentique île de l'arc Antillais : l'île de TOBAGO située au nord de TRINIDAD. Ici, plus de fromage, de yaourts, de pain, il faut se remettre à la yaourtière, aux fourneaux et à la pêche. De petites baies s'ouvrent sur la mer, envahies par de magnifiques forêts de bambou et de cocotiers. Nous allons de mouillages en mouillages vers le nord de l'île en pêchant à la traîne afin d'assurer le repas du soir. Soudain le moulinet se déroule sans fin ! Au loin dans le sillage de Voyage, une énorme prise s'élève majestueusement pour retomber dans une gerbe d'eau. Devinez quoi ? Un espadon voilier de 1,50 environ nous régalera pour plusieurs jours et à long terme car nous ferons aussi beaucoup de conserves.

Cette île est un enchantement, mouillages de rêve avec de longues plages de sable blond, des cocotiers, des sources d'eau douce, une végétation tropicale. Les montagnes se détachent du paysage, de petits sentiers serpentent le long de la côte et invitent à la ballade. Le vert des énormes feuilles de caoutchouc et le rouge des hibiscus et des balisiers se mélangent comme sur une palette de peinture. En prime des manguiers sauvages, des papayers, des avocatiers, des citronniers. Les cueillettes vont bon train et les confitures sont superbes. La faune est aussi très impressionnante avec des envols de perroquets aux couleurs chatoyantes. Sous l'eau un véritable aquarium s'offre à nous avec des fonds magnifiques. Corail, poissons multicolores, raies, tortues se disputent les lieux.

Il est temps de quitter ce paradis pour un nouveau continent, car la saison des cyclones approche !

 

L'AMERIQUE DU SUD AVEC LE VENEZUELA.

Une mer belle nous permet de naviguer dans le confort jusqu'à la baie de SAN FRANCISCO réputée pour ses moules géantes. La montagne s'élève au pied de la plage, deux cascades, des vasques naturelles pour le bain, il ne manque que la mousse !!! Seule précaution à prendre : attention aux serpents qui sont nombreux dans la région. À marée haute, seulement deux à trois mètres de sable forment une étroite plage, juste assez de place pour nettoyer les moules que nous venons de ramasser pour le repas du soir ! Tout à coup une douleur violente se fait sentir entre mes orteils du pied droit. Je hurle, je peste et réussis à me dégager de la bête ! Rapatriement d'urgence à bord de Voyage. La douleur me paralyse le pied et monte dans la jambe. Mon médecin "privé" Biquet se munit du bouquin "Médecine en Mer sans Médecin", à la rubrique "morsures, piqûres".
- Vives ? non
- Bourdons, Abeilles ? non
- Fourmis géantes ?
- Oui, oui on y est ! La saleté de bestiole m'a mordu entre les orteils en emportant le morceau ! Anti-inflammatoire, pommade, et quelques heures de repos, la Biquette est de nouveau sur pied.

 

LE NORD DE LA CORDILLERE DES ANDES.

Moyennant un loyer de gardiennage, Voyage est en sécurité à PUERTO de LA CRUZ. Départ pour la gare routière, ambiance chaude et humide dans les halls. Les rabatteurs hurlent à tour de rôle "CARACA, CARACA, CARR...ACCAS".

De la capitale nous regagnons la ville de MERIDA, point de départ de notre aventure. Pour nous échauffer nous montons à 5000 mètres d'altitude... Mais sans trop de difficulté car le téléphérique fonctionne bien. Sacs à dos nous partons pour une marche de 6 heures vers le village de montagne de LOS NEVADOS. Belle vue ensoleillée, des milliers de fleurs jonchent le sentier, à 4000 mètres cela est surprenant et magnifique. Les montées sont raides, nous ralentissons la cadence car l'oxygène commence à manquer. Enfin le petit village se dessine devant nous et la posada BELLA VISTA nous invite à un repos bien mérité. À 18 heures, plus de lumière, le village est plongé dans le noir et la brume du soir. Repas aux chandelles dans la posada. Espagnols, Français, Anglais, Israéliens partagent la même table, la discussion est animée. Le lendemain départ pour le village lointain DEL MORRO, hors des sentiers battus. Une montagne splendide rayonne sous un soleil de plomb, devant nous 27 kilomètres de col à franchir. Dans l'après-midi un hameau de 3 casas nous tend les bras, il pleut des cordes ! Maria se propose de nous garder pour la nuit, mais les petits cochons qui gambadent au pied du matelas nous invitent à poursuivre notre route. Le sentier est difficile, nous avons sous-estimé la difficulté de passer du niveau 0 à 4.000 mètres avec des cols sans fin. Le passage ressemble à la montagne russe ! Un coup nous montons, un coup nous descendons, nous sommes complètement cassés. Avec les descentes nos genoux ne veulent plus rien savoir ! Que faire ? Revenir à la casa de Maria pour dormir en compagnie de toutes ses bestioles ; faire un bivouac avec nos couvertures de survie, ou s'armer encore d'un peu de courage. Réflexion faite nous poursuivons malgré nos rotules qui sont de plus en plus douloureuses. Ouf ! À 17 heures le village DEL MORRO nous accueille avec son unique possada. Ils n'ont pas vu de touristes depuis plus de 3 mois, c'est la grande fête. Au petit matin, levée difficile, le sommier façon "champs de labours" n'arrange rien. Clopin-clopant, nous saluons les cinquante habitants du village. Le genou du Biquet ne veut plus rien savoir. Les massages et les diverses thérapies, dont la feuille de chou, n'en viennent pas à bout. Il est consigné au moins durant 1 semaine au repos forcé. Rapidement un lien d'amitié se crée avec les propriétaires de la posada et nous les aidons à restaurer l'auberge avec l'aide de tous des villageois. Après une bonne semaine de repos nous poursuivons notre périple vers le sud du pays, la région de LOS LIANOS. De rencontres en rencontres, nous sommes à présent à l'arrière de la jeep de l'amigo Gonzalo et soudain arrêt brutal, nous avons perdu le réservoir d'essence !

Autour de nous, l'eau envahit la savane, les buffles se marrent en clignant de l'œil, les oiseaux pêchent, les crocodiles bronzent au soleil sur le bord de la rive. Réparation de fortune avec une ficelle à poulet, couchés dans la boue, nous attachons le tout et cela est repartis pour un tour ! Après nous avoir offert l'hospitalité pour la nuit, Gonzalo nous initie à la pêche aux Piranhas dans le Rio APPURE. Du fil, un hameçon, un morceau de viande et le tour est joué. Les bêtes se jettent sur l'appât. Attention aux doigts de pieds qui dépassent de la pirogue ! Ces poissons de 15 à 20 centimètres honorent le repas du soir.

Nous poursuivons notre aventure à l'aide de chevaux. Nous sommes en pleine nature, les yeux de crocodiles sortent des marais, les perroquets nous accompagnent. Soudain dans un nuage de poussière, un troupeau de zébus fonce dans notre direction. A droite des fils de fer barbelés, à gauche idem ! Pris au piège, nous abandonnons nos montures. Les bestioles foncent sur nous au grand galop, accompagnées des gardians qui tentent d'arrêter le troupeau. Biquette s'aplatit comme une crêpe et glisse dans la boue du marais malgré le fil barbelé, suivie de près par le Biquet. Un gardian hilare nous récupère ; il n'avait jamais vu de telles fleurs au milieu des nénuphars ! Voici plus d'un mois que nous baroudons ainsi, sac à dos. Quelle superbe virée pour découvrir les terres. Pas une fois, nous nous sommes sentis en insécurité. Les Vénézuéliens sont d'une gentillesse et d'une générosité que nous sommes bien loin d'égaler.

Biquette.

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