La Gazette des Biquets N° 3

L'AFRIQUE


DAKAR

Salam-Haleycum à toi Toubab ! Nous sommes le dimanche 30 novembre, le soleil se lève sur la baie de Hann à Dakar. L'eau ressemble à un lac, il n'y a pas un souffle de vent, et une multitude de poissons sautent près de Voyage.

De magnifiques pirogues peintes aux couleurs vives sortent de la baie. A leurs bords 8 à 10 hommes assis les uns derrières les autres, armés de pagaies taillées dans un bois ébène, rament alternativement, cadencés par l'homme de proue qui tape sur un tam-tam. La pirogue file sur l'eau comme l'aileron d'un dauphin, les hommes partent à la pêche. Cette image semble irréelle, le dépaysement est total.

Des cris d'animaux se font entendre dans les cocotiers ; peut être des singes. Des oiseaux mi-pélicans mi-fous de Bassan plongent en escadrille.

Pour m'enivrer encore un peu il y a l'odeur ! Des senteurs d'épices, de chaleur, de poissons, à la fois fortes et agréables. Bref, je ressens une impression de bien être que je n'avais jamais ressentie auparavant à l'arrivée dans un mouillage. L'Afrique me plaît déjà.

Un ponton en bois sert de débarcadère et nous conduit directement à l'entrée du CVD (Cercle de Voile de Dakar). L'ambiance "baroudeurs" est fort sympathique et nous écoutons attentivement toutes les combines de la vie au Sénégal. Nous partons faire les formalités d'entrée dans le pays et sous une chaleur torride des milliers de têtes noires grouillent vêtues de magnifiques tissus de couleurs. Dans la rue, des échoppes s'offrent à nous. Du paquet de cigarettes au savon de Marseille en passant par le sucre et la paire de claquettes, ici tout se négocie, tout est à vendre. Cette panoplie d'articles est amoncelée sur des tablettes en bois d'une trentaine de centimètres que l'Harmattan fait tomber à chaque courant d'air !!!

Des cases en bois aux bidonvilles voici la chambre de commerce belle maison coloniale ! La misère et la richesse vivent sur le même trottoir. Ici tout le monde à sa place, on ne cache rien ! Nous craquons dans le marché aux tissus pour des boubous (pantalons africains aux couleurs vives). Biquet marche dans la rue et soudain sa claquette rend l'âme ! Pas de problème le "directeur" de la fabrique de tissus nous amène chez son "cousin".

- "Taille 39 ou 43 ? En rose bonbon ?" OK pour le 39 à 1.000 CFA (10F).

Je prends délicatement ma liasse de billets et confonds 2 billets de 5.000 CFA pour des billets de 500 CFA. Aussitôt après le directeur les donne au cousin qui part en courant !!!

- "Bravo des claquettes en or !!! 100 F la paire !!!"

Le directeur, à genoux, prie tous les Marabouts du coin, me jurant qu'il n'a rien vu !!!

Je ne suis pas au top pour les affaires ; après tout s'est moi qui les lui ai donnés. Il ne me les a pas volés. Tant mieux pour lui, il a gagné sa journée.

Durant les 4 jours suivants, nous visitons les alentours de Dakar en empruntant les cars rapides pour se déplacer. Ce sont des sortes de camions J7 bleus entièrement peints de scènes africaines, et complètement rouillés. Là, s'entassent pêle-mêle les femmes parées de leurs robes de couleurs, les hommes en Djellaba, le fidèle du Marabout qui nous lit le Coran durant tout le trajet à haute voix, et le chien qui est monté sans savoir pourquoi au dernier arrêt !!! Lorsque le camion est plein à craquer il démarre….

Il est temps de quitter cette grande ville pour des lieux plus authentiques hors des sentiers battus et nous appareillons pour les îles Saloum laissant derrière nous encore des équipages forts sympathiques. La vie en bateau est faite de rencontres et de séparations au gré des escales, de rires et de pleurs.

LES ILES SALOUM

Le Saloum est un fleuve avec de nombreux bras de mer appelés "belons" qui partagent les terres et forment des îles recouvertes de palétuviers, de baobabs et de palmiers. L'archipel des îles s'encastre dans le continent africain au sud de Dakar jusqu'à la Gambie. Cette région est aussi nommée Polynésie miniature. C'est le paradis des oiseaux, le refuge des lamantins, des dauphins et des marsouins ainsi que de nombreuses espèces de poissons et coquillages.

Nous retrouvons le bateau "Moana" rencontré aux Canaries et remontons ensemble le fleuve à la voile. Une véritable mer intérieure s'offre à nous.

Nous mouillons l'ancre devant le village de Foundjiougne et la cueillette de coquillages (belles coques) s'impose sur la belle plage de sable blond.

Cette petite préfecture ancienne capitale du Siné Saloum abrite aujourd'hui 3000 personnes. Au bord de la plage court une longue avenue avec quelques échoppes aux tôles ondulées. Sur le mur d'un vieux bâtiment, la peinture brûlée par le soleil et le sel laisse deviner l'inscription "douanes sénégalaise". Sous le baobab, deux fonctionnaires en uniformes font la sieste "chut" sûrement les douaniers. De larges artères de sable ombragées de manguiers quadrillent l'agglomération. Voici le marché avec ses étals de poissons séchés, son restaurant chez Mama Cocorico, son tailleur, sa boulangerie, sa boutique, sa cabine téléphonique, une salle de cinéma avec pour écran géant un téléviseur et des cassettes vidéo !!! Ici il faut se débrouiller !!! Il y a 2 séances par soirée, la place sur le banc de bois coûte 1 F !!!

Sur la place, une magnifique mosquée et une petite église se regardent face à face, la population est de religion Musulmane ou Catholique. Voici l'école avec une énorme fresque peinte sur le mur de l'enceinte "moi aussi je veux aller à l'école" dit une petite fille. Pour rendre ce décor encore plus attendrissant, un petit kiosque à musique semble attendre la fanfare municipale !!! On se croirait aux jardins des plantes de Toulouse !!!

Le lendemain nous profitons de la marée pour poser Voyage sur sa quille à ailette et carénons la coque avec l'aide de Moustafa qui mesure 1.80 m et les bras deux fois plus long que nous ! Pour le remercier, je lui offre une chemise antillaise pleine de couleurs. Il est tellement heureux qu'il ne la quitte plus ! Il doit dormir avec !

Pour rejoindre tous les petits villages nous sortons les VTT et découvrons un autre monde. Nous rencontrons à présent des cases de paille, où les femmes pilent le mil, des centaines d'enfants et les chefs de village qui nous invitent à boire le thé. Le temps semble arrêté. Une vie si paisible ne nous semblait pas pouvoir exister et pourtant elle est là, devant nous à vous couper le souffle.

Déjà le 24 décembre et nous préparons le repas de Noël. Nous partons au marché en charrette tirée par un âne afin d'acheter des canards qui seront cuisinés façon "Yassa". Je fouille dans tous les coffres du bateau pour faire de petits cadeaux à chacun.

A table le mercredi soir, nous sommes dix personnes. Il y a Famara, sa femme Seneura, et leur fils Babacca (1 an), Albert et son ami Mamadou, Bruno, Brigitte et Florian du bateau Moana. Lorsque les hommes ouvrent leurs cadeaux Biquet saute au plafond. Il découvre ses propres chemises qui font office de cadeaux ! Il se plaint toujours qu'il en a trop alors je fais du vide et en plus elles plaisent beaucoup !!! alors d'une pierre deux coups !!! Seneura hérite d'une belle robe longue, car ici par de short pour les femmes ! Babacca à peur de son petit nounours pourtant j'ai pris le soin de le choisir noir !!! Il faut qu'il s'habitue pour l'instant il joue avec le papier cadeau.

Il est minuit, la fête commence au village aux sons des tam-tams. Moustafa nous attend avec sa nouvelle chemise, nous dansons jusqu'à l'aube sur des musiques endiablées par 40°!!!

Le lendemain nous faisons le tour du village pour leur dire "au revoir". Moustafa est désespéré, il vient de casser sa claquette !!! Mes yeux se posent sur les claquettes "roses" de Biquet !!!

- Ha non pas mes claquettes !!! Il va bientôt me rester que les yeux pour pleurer !!! Donne-lui de quoi s'en acheter !!! Moustafa est rassuré, il pourra continuer à marcher.

Nous quittons le fleuve principal pour s'immiscer dans les belons secondaires. Beaucoup d'oiseaux s'envolent devant l'étrave et les huîtres de palétuviers se découvrent à marée basse. Nous jetons l'ancre devant le village de Ngadior où Mamadou Djeme "intérim du chef du village" nous accueille. Des centaines d'enfants nous escortent au milieu des cases de paille. De petites mains se glissent dans les nôtres en marchant ! D'autres intrigués par la couleur de notre peau nous touchent délicatement. Nous avons droit aux chants, aux danses, aux combats de lutte sénégalaise, le village est en fête. Le soir nous allons poser les filets de pêche de Bruno pour le repas de demain, la "troisième" femme de Mamadou doit nous préparer la tieboudien !

Nous assistons à la préparation du repas et la cuisson au feu de bois dans un grand poêlon. Les femmes portent leurs enfants dans le dos et tournent inlassablement le riz. Le repas est prêt. Il faut répartir par tranche d'âge : les petits, les moyens, les grands, les vieux, les hommes et... les femmes.

Nous sommes tous assis autour du plat et savourons ce met délicieux. Fatou, 5 ans ne me quitte plus. Elle est toute maigre et couleur ébène. Sa maman veut que je l'emmène !!!

-"Prends-la avec toi, en France, là-bas elle sera heureuse et l'argent coule à flot me dit-elle !!!

Si elle savait !!!

Nous soignons quelques enfants qui ont des plaies, laissons des médicaments, des bonbons, des colliers, mais ils sont plus de cent et je n'en ai pas pour tous.

A l'aube de ce dimanche toutes les petites mains s'agitent devant la plage, nous levons l'ancre. Fatou serre dans sa main le collier que je lui ai laissé. C'est promis nous reviendrons vous voir.

Voyage glisse doucement sur le fleuve, le soleil perce lentement l'horizon, c'est l'hiver au Sénégal. Nous traçons un léger sillage à la vitesse de quatre nœuds au milieu d'une nature riche en espèces animales comme en témoignent les innombrables cris d'animaux.

Soudain le bateau est stoppé, c'est l'échouage. Après de nombreux essais au moteur nous sommes dans l'impossibilité de dégager "Voyage" et dans l'obligation d'attendre la marée haute. La nuit tombe, le silence nous envahit, nous vivons une nouvelle fois un moment magique. Merci la vie !

Toubacoutta nous accueille, mais le Ramadan a commencé, cela va être dur de trouver de quoi se restaurer pour fêter le premier jour de l'année.

La Doudou du gros postier nous prépare un poulet Yassa avec du riz ! Nous allons finir la soirée dans un campement de touristes Belges qui s'éclatent aux sons des tam-tams.

Une nouvelle randonnée VTT s'offre à nous. Cette journée nous permet de découvrir des petits villages complètement perdus dans la savane. Ils doivent nous prendre pour des fous avec cette chaleur ! Les VTT font l'attraction des enfants, nous leur prêtons à tour de rôle les bolides, mais il faut courir derrière eux en tenant la selle car ils n'ont jamais fait de vélo ! je dégouline !!! Au retour, dans un hameau, les femmes ramassent des cacahouètes dans les champs (1ere production du pays). Nous achetons 3 kilos de graines pour nos futurs apéros ; (pour information : 1,50 F le kilo !!!). Quelques singes nous escortent sur le chemin du retour. Nous sommes rouges de poussière, un plongeon tout habillé s'impose à l'arrivée.

Le campement de Belges organise tous les matins des parties de chasse dans la brousse. Biquet se lèche les babines en apercevant les chasseurs qui rentrent avec des phacochères (sangliers Sénégalais). Le mécanicien du campement, Mamadou, nous offre une cuisse de phaco qu'il a "emprunté" aux cuisines. Repas phaco à gogo !!! Au feu de bois, au curry, en sauce, nous régalons plusieurs équipages dans le petit bar du coin.

Nous quittons le village de Toubacoutta et au-dessus de mini-falaises de sable dominées par un bouquet de cocotiers, voici le village de Sipo où règnent la reine Fatou et le roi Moussa. Il ne sont évidemment pas de famille princière, mais on les a surnommés ainsi lorsqu'ils sont venus fonder ce village. A l'ombre d'un immense baobab, se trouve le palais de la souveraine. Des plantes à clochettes rouges s'accrochent aux murs de feuilles de palmiers qui constituent sa belle case. Il s'agit du Bissap, dont les clochettes s'emploient pour faire une boisson… Très diurétique !!!! Le baobab au-dessus de sa demeure est l'arbre de la providence. Il donne tout d'abord un fruit : le pain du singe pour faire des boissons, les feuilles sèches réduites en poudre servent à l'alimentation des bébés, fraîches elle se mangent comme des épinards. Les graines de fruits contiennent de l'huile, l'écorce de l'arbre sert à confectionner des cordages. De plus par chance, je crois même que le baobab se plante tout seul ! Il y en a partout.

Nous nous préparons à quitter l'Afrique avec beaucoup de nostalgie. Après de nombreuses années de navigation c'est la première fois que nous ressentons autant d'enthousiasme pour un pays où la population est restée authentique à l'exception de quelques endroits touristiques que nous préférons éviter.

Nous avons été émerveillés par cette région Africaine aux multiples facettes et restons très impressionnés par l'accueil, la générosité, la joie et la beauté de la population sans oublier les couleurs des soleils couchants.

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