La Gazette des Biquets N° 1

BALÉARES, GIBRALTAR, PORTO SANTO

PascaleHé bien oui, la voilà cette fameuse gazette, la première d'un long récit d'aventure, une édition spéciale, le numéro 1 d'un petit journal qu'il est bien difficile de débuter car les idées s'entrechoquent dans ma tête et la plume qui ne glisse pas sur le papier…

Après un premier périple en 92-93 avec un Gib'sea 106, nous repartons pour une période de deux ans avec un Océanis 430, nouveau voilier qui porte le nom de VOYAGE (notre dernier bateau s'appellera 3eme Age !) .

Le périple prévu cette fois est Baléares, Gibraltar, Madère, Les Canaries, Cap Vert, Casamance, Brésil, Guyane, Venezuela, Los Roques, Trinidad, Grenadines, Açores, Portugal, Gibraltar, Baléares, Port Leucate, et, le mercredi 15 septembre 1999 à 8 heures, retour au C.N.E.S. Coucou Monique c'est moi ! ! !……

Mais avant de vous conter ces trois premiers mois de croisière, j'aimerais débuter cette gazette par des remerciements pour tous ceux qui nous ont aidés à réaliser ce "voyage".

Voilier départEn effet beaucoup de modifications et d'installations ont été nécessaires sur ce Bénéteau de série : éolienne, panneau solaire, portique arrière, B.L.U, radar, tableau électrique, régulateur, chargeur, convertisseur, batteries, pelage de la coque avec traitement anti osmose, etc. Chacun dans son domaine est venu nous donner la main, le soir après le travail ou le week-end ; le bateau se trouvait à Ramanville. Encore un grand merci à vous tous qui contribuez à fond dans la réussite de ce voyage .

Et puis, il y a Dominique (notre petite correspondante à terre !). Elle s'occupe de tout, elle est présente partout et surtout dans les pires moments, là où plus rien ne va, où les emmerdes commencent et se succèdent. Elle pense le jour, la nuit, elle connecte, elle soude, elle teste, elle peste, puis elle recommence, na !

En plus, pour nous c'est la cerise sur le gâteau ! Elle a la charge de tous nos papiers et de toutes les factures à payer ! Et, en plus, en prime toutes les gazettes à expédier ! et toutes les croisières à organiser ! Nous espérons de tout cœur que vous la soutiendrez dans sa dure besogne.

Nous sommes donc le lundi 14 juillet 97 ; les derniers amis nous ont quittés. Nous nous retrouvons seuls, un peu paumés, avec une envie de tout laisser tomber. Il faut se secouer, ne pas se laisser aller, continuer à avancer. Mon Dieu, qu'il est dur de quitter notre société !

Il est 10 heures 30 et voici Luce, Guigou, Joe et Michel qui embarquent sur VOYAGE pour faire un bout de route avec nous, pour une croisière d'une durée de 15 jours de Port Leucate à l'île de Minorque aux Baléares.

En effet, pour ce nouveau périple, nous avons programmé quelques croisières le long de notre voyage.

Les présentations sont rapidement faites et les sourires sont déjà au rendez-vous. L'équipages de gais lurons quittent les passes de Port Leucate sous l'escorte de la marine "anglaise" Révélation. La météo annonce des orages ; il faut prendre le temps de s'amariner. Nous mettons le cap sur le Cap Creus, Port Ligat où nous jetons l'ancre de nuit. La calanque de Salvador Dali offre toujours le même émerveillement au réveil. Nous poursuivons vers le sud par Agua Freda, Agua Brava. L'équipage s'organise, l'ambiance est au beau fixe et les tâches de vaisselle par Monsieur "Cif" Guigou, ne sont pas tristes ! Mercredi 16 juillet : cap sur Minorque avec un bon vent de nord-ouest soutenu jusqu'au petit matin. Le pilote électrique tient bon la barre et VOYAGE nous prouve un peu ses talents avec des pointes à 7,5 nœuds par 23 nœuds de vent. Premier ris dans la grand-voile, deuxième ris, la caméra de Michel ne rate pas une image. En prime nous pêchons un gros thon rouge qui nous narguera pendant plus d'une heure avant de s'avouer vaincu. Tout le monde s'affaire sur le pont : Michel au son et à l'image, Luce à la vigie, Guigou au fusil harpon, Biquette à la barre, Biquet qui s'excite sur la canne et Joe qui l'appâte avec les recettes de cuisine ! L'ambiance est au beau fixe, le Cap de La Sella aussi qui nous guide avec ses éclats à 4 heures du matin .

Les calanques du sud de Minorque nous accueillent avec plages de sable blanc et eau turquoise. Il y a San Laura, Mitjana, Galdana, Turquetta, plongées "oursinades" thon grillé sur la plage, concert d'harmonica . Merci la vie ! On est bien, hein Bé ! ! !

Nous poursuivons notre route avec Nanou et Charly qui viennent nous rejoindre la deuxième semaine. L'équipage est cette fois au complet et joliment coloré puisque Nanou nous arrive de Madagascar.

Anniversaire
Anniversaire de Pascale

Cadences infernales à bord, plongées, randonnées pédestres (dans le maquis ! ! !), Barbecues sur les plages, Ciuadadella, Treballengera, l'anniversaire de la capitaine et la soirée Zouk à la Cala Coves font la joie de tout l'équipage. Les jours s'égrènent trop vite sur VOYAGE et le nord de l'île nous offre ses apéros bigorneaux, bulots, ponctuées de paellas Marisco et de gins Limon dans les cavalcades endiablées des ruelles de Formells.

Lundi 28 juillet : débarquement de tout l'équipage sur la petite place du village qui s'éveille. Longues embrassades et larmes à l'œil avec un taxi qui tarde à venir et fait durer le plaisir !

Nous voici bien tristes et seuls à nouveau. On était bien ; hein Bé ! C'était super …

Nous avons tous les soirs un contact BLU (notre installation marche à merveille, bravo à ceux qui nous ont aidés) avec Jean-Pierre du bateau Ratchouli avec qui nous avons navigué en 1992. Par ce biais nous apprenons qu'un nouvel équipage vient nous rejoindre sur Minorque pour une croisière jusqu'à Ibiza. Particularité : équipage espagnol.

Biquet fait les 100 pas devant l'arrêt des taxis, flambant neuf avec son tee-shirt à l'emblème du bateau ! Nous récupérons Antonio complètement exténué après 17 heures de voyage. Il nous explique son problème : sa belle Alicia n'est pas là ! En effet sa mère est souffrante et elle préfère rester à ses côtés.

La communication est difficile : Antonio habla frances un poco, english a little, et spanish comme une vache espagnole!!! La croisière s'annonce animée, et son téléphone portable ne cesse de sonner : un véritable standard téléphonique sur VOYAGE ! Il préfère l'ambiance des villes et nous débarquons à Ciuadadella pour savourer une cerveza . Le lendemain nous nous apprêtons à lever l'ancre quand le téléphone sonne ! Antonio a rencontré hier soir deux filles de Madrid et il aimerait passer la journée avec elles ! Il nous dit que cela lui permettrait de pratiquer un peu l'espagnol!!! qui embarquent sur VOYAGE pour la journée. Très belles, elles bronzent sur le pont comme des lézards et notre Antonio ne sait plus où donner de la tête!!! Je ne comprends pas un mot de leur "dialecte" espagnol ; elles doivent parler "patois". Le soir elles rentrent en taxi à Ciuadadella et Antonio est ravi de sa journée ! Le lendemain rebelotte, les revoilà qui arrivent en taxi avec des paniers pleins de tapas pour le repas de midi. Nous passons la journée dans une Cala du sud et le soir Antonio les raccompagne par des sentiers jusqu'au village où elles prennent un taxi. Mais ce soir-là, cela se complique. Pendant qu'Antonio raccompagne les filles, nous déménageons VOYAGE de calanque et à son retour il ne retrouve plus le bateau…. Belle trouille pour Antonio : plus de bateau, plus de papiers, et il se retrouve en maillot de bain sur la plage avec heureusement ses lunettes de vue mais sans son téléphone ! ! ! Après que le vent et la mer se soient calmés, nous retournons dans la calanque et Antonio est fort heureux de retrouver VOYAGE ! ! ! !

Vendredi 8 août, Alicia refait surface au téléphone ! Elle demande à Antonio de rentrer à la casa pronto, pronto ! Elle lui reproche d'être parti ; bref, plus rien ne va ! Antonio est complètement perturbé, et il décide de prendre le premier vol Mahon-Madrid .

Antonio nous quitte tôt le lendemain matin, une énorme valise à la main et de l'autre son téléphone ! ! ! Il repart à la casa retrouver Alicia l'amour de sa vie… End !

mouillageLa météo n'est toujours pas au beau fixe. Nous avons beaucoup de vent d'orage. La côte sud de Minorque ne nous offre pas de nuits tranquilles, aussi nous mettons le cap sur l'île de Majorque, le cap Formentor, côte nord-est de l'île. C'est un très beau mouillage surplombé de montagnes verdoyantes, avec des eaux turquoises . Biquet s'offre quelques petits sards à la ligne, le repas de ce soir est savouré. Nous avons débuté notre préparation physique pour la traversée à venir. Nous effectuons 45 mn de nage le matin et 15 mn le soir. La bouée autour du ventre de Biquet commence à se dégonfler. Nous avons aussi testé la fabrication des yaourts. Le résultat ressemble beaucoup à des yops à boire ! Il faut perfectionner le mélange. Par contre, nous sommes au top pour la confiture à la banane !!!

Nous remontons péniblement toute la côte espagnole après une traversée bercée par le ronron du moteur, de Majorque à Ibiza, puis d'Ibiza au cap de Palos. Quelques calas nous offrent des nuits inconfortables et nous préférons rapidement le "confort" des ports. La côte n'est pas encore ouverte aux plaisanciers et nous accostons sur des quais de pêcheurs où l'odeur des sardines se mélange aux odeurs de gas-oil ! Plus nous descendons vers le sud, plus les marinas se dessinent. La pluie, elle aussi, est de la partie et nous restons bloqués deux jours dans le port de Velez. Là, débarquement de nos V.T.T et visite fort sympathique dans l'arrière pays. Nous constatons une affreuse pollution sur les bords des routes, toute la panoplie des détritus possibles jonchent le sol ! Incroyable, une véritable poubelle ! ! !

Jeudi 28 août : enfin le vent est favorable et nous parvenons à passer le fameux rocher de Gibraltar. "YOU WELCOME". Formalités à l'anglaise et repos. Le lendemain, gros boulot sur VOYAGE : nettoyage complet, soudure d'une pièce du barbecue, pose d'un anneau beaucoup plus costaud sur le tangon (le premier a éclaté), vérification du gréement et des barres de flèches, laverie, courses, le train-train, quoi ! ! !

Samedi 30 août : nous pointons l'étrave vers Algésiras pour récupérer deux nouveaux équipiers, Marie-Blanche et Jean-Luc. Cet énorme port de commerce n'accueille pas les plaisanciers et le club nautico est pirado ! Nous glissons VOYAGE entre deux barques de pêche et je cède la plume à Jean-Luc qui va vous faire vivre cette traversée Gibraltar-Madère.

Je cite : "Au terme ferroviaire de 1000 km, nous voilà arrivés à Algésiras, ville passage où toute personne semble se rendre d'un point à un autre sans escale ! Lestés de 40 kg de bagages, nous arpentons les rues de cette ville "bidon", et personne ici ne semble vouloir renseigner l'étranger (sûrement beaucoup trop d'étrangers "frisés"), devant nous, l'embarcadère pour l'Afrique à seulement quelques mètres ! Ouf ! L'étrave de VOYAGE pointe son nez ! Il est 15h, nous fonçons vers le détroit de Gibraltar. Cap sur Tarifa, afin de bénéficier du courant de surface qui porte vers l'ouest. Après avoir scruté l'onde, le capitaine décide de mettre en batterie son matériel de pêche. Dans la minute qui suit, deux poissons suicidaires de la famille des thons, sont remontés à bord ! Photographiés, vidés, découpés, mis au sel et séchés, le temps de doubler le phare de Tarifa !

Cap 258°, l'équipage s'organise pour les quarts : Marie-Blanche et Biquet de 21h à 3h et Biquette et Jean-Luc de 3h à 9h du matin.

voilier départMer calme, nuit étoilée, le moteur ronronne en l'absence de vent. L'horizon se pare des lueurs de quelques chalutiers et des flotteurs lumineux des filets dérivants (! !) quand, soudain, la vigie Marie-Blanche arrache l'équipe de relâche de ses rêves. Craignant le pire, nous sortons hors des cabines comme des fous, nous rejoignons le pont où Marie-Blanche, lampe torche à la main, observe le bordé. Nous sommes posés sur un filet dérivant dont les flotteurs vont de la poupe à la proue ! ! VOYAGE est prisonnier ! La décision est prise : il faut plonger ! A 1h du matin, avec masque et lampe frontale, Jean-Luc tranche les mailles du filet, en tentant de ne pas s'y faire prendre ! A 3h le safran est dégagé, VOYAGE se retrouve à nouveau libre ! A partir de cette heure-là, la mer s'est levée, le vent aussi et le mal de mer a pris la suite en commençant par Jean-Luc, puis Biquette et Biquet. La mer s'était levée, mais nous, nous restions couchés. Jean-Luc et Biquette avaient adopté une position quasi fœtale, jumelée à l'image des frères siamois descendant en tandem les Grandes Jorasses ! ! les pieds sur le guidon ! ! ! Dans cet enchevêtrement de jambes et de bras, nous tentions de conserver un peu de chaleur et beaucoup de courage. Durant deux jours, nous avons dégusté quelques croûtes de pizza et dormi 4 à 5 heures, alors que Marie-Blanche dormait entre 12 et 15 heures par jour et mangeait le reste de la pizza ! Marie-Blanche ne vivait qu'au travers de son estomac, de son oreiller, et de sa "phobie" de la nuit. Régulièrement, Biquet la rassurait en lui expliquant que la mer était calme ! ! !

A l'aube du troisième jour, Biquet, voulant raviver le moral de l'équipage, ordonna que soient cuisinées les deux malheureuses victimes de Tarifa. C'est alors que, dans ces 16emes rigolants, harnachés à la cocotte minute, l'estomac transformé en soupape, l'équipage féminin tentait de maintenir la marmite en folie sur laquelle flottait le drapeau de la révolte ! !

Au matin du 4ème jour, notre vigie Marie-Blanche, discerne dans la brume, le contour indécis de l'île de Porto Santo ! Cette dernière forme verra le réveil de nos appétits et un grand plat de pâtes ramènera enfin nos estomacs en position verticale ! A 14h, nous sommes à quelques encablures du phare de Porto Santo et notre capitaine remet le "couvert" avec une magnifique dorade coryphène !

Il nous aura fallu 4 jours, 570 miles, et beaucoup de courage pour nos estomacs, pour rallier Gibraltar à l'île de Porto Santo (située à 40 miles, 80 km, de Madère). Bravo VOYAGE, tu l'as bien mérité !

Nous sommes le jeudi 4 septembre et ce petit îlot de 42 km nous invite à la balade. De minuscules ruelles fleuries, une magnifique place plantée de palmiers et en plus, la fête au village. Nous nous empressons de louer des V.T.T et le lendemain , tous en selle ! Le tour de l'île est avalé en une journée, tantôt debout en danseuse sur les pédales, et souvent à côté du vélo pour pousser ! Il faut gravir le Pico del Facho, du Costella, du Ferreral, bref des Picos partout ! Les filles suent, râlent, se talquent les fesses, le pied, le V.T.T ! ! ! !

La rotule du genou de Jean-Luc grince autant que sa chaîne sur le pédalier. Les montées sont raides, il faut pousser et les descentes vertigineuses, il faut freiner ! VIVA PORTO SANTO, l'île aux vélos ! ! !

Nous poursuivons notre périple vers l'île de Madère. Mais… Ha ! non, il faut que j'arrête, déjà 3 pages de gazette. Quelle bavarde !

Et si en plus, je commence à vous parler de Madère !… Alors promis, je la garde pour la prochaine gazette.

P.S. : Je voudrais remercier Gillou, Martine Garnier, Simone (Privat), Chouchou, Anne (super tes 2 lettres, tu gardes le moral), Pascal et Henri pour leurs courriers toujours présents à nos postes restantes.

Nous espérons de tout notre cœur que vous prendrez bien un peu de temps sur votre planning pour glisser quelques lignes sur un bout de papier…

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