La Gazette des Biquets N° 19

Le Canada en vélo, le Québec, la Gaspésie (été 2006)


Nous reprenons le flot de la rivière Potomac en sens inverse en cette mi-juillet et parvenons dans la Chesapeake Bay, et plus précisément à Deltaville Marina ou nous retrouvons quelques bateaux francophones.

 
Deltaville Marina                                                                               La marina et la zone carénage

Ce soir, barbecue-party dans la marina, retrouvailles avec le bateau Cigaille Martine et Jean-Michel et rencontres de nouveaux équipages. Il y a Rocking-Chair  avec Catherine, Claire et Jean-Pierre, Atacapoum avec Véro, Pierre et Lilou, le Gone avec Jacqueline et Daniel. Tous sont pleins de joie, pleins d’entrain, ils partent hiverner leurs bateaux au Québec, et vivre un hiver au Canada.
Et puis nous là… On fait quoi ? Aucune lueur ne se dessine devant nous pour les mois à venir, nous sommes moroses, le moral n’y est pas, tous nos projets ont échoué.
Soudain Jacqueline et Daniel lancent une idée à la volée ! Un bus, Montréal, festival du Rire… Il n’en faut pas plus aux Biquets pour rebondir et retrouver le sourire.
Internet, Montréal, location d’appartement, transport en bus, Deltaville Marina, chantier, levage bateau, carénage, tout se bouscule dans nos têtes….
Deux jours à pied d’œuvre et tout est bouclé. Nous partons pour de nouvelles aventures, la découverte du grand Nord… Le Québec, la Gaspésie, et pourquoi pas en vélo !

Voyage est levé, calé sur bers, bien à l’abri dans le chantier de Deltaville Marina. Un autobus  grand tourisme au départ de Richmond VA (www.greyhound.com) nous conduit en moins de 20 heures au Canada, dans la ville de Montréal.

 Pavillon du Québec

 
Montréal                                                                                          La vieille ville

L’appartement que nous avons réservé situé sur le parc Lafontaine à deux pas du centre ville, dans une vieille demeure entièrement restaurée, est magnifique. Avec la vue sur le lac et les arbres centenaires du parc nous sommes comblés. www.hebergementmontreal.com


Montréal, les maisons de l’Allée sur le Parc Lafontaine

Le festival du rire, rassemblement de nombreux artistes comiques bat son plein. Spectacles de rue, jeux, concerts font notre plus grande joie durant une semaine.

   
Festival Juste Pour Rire                                                                Emblème du festival

  
Montréal, spectacles de rue Juste pour Rire

Notre décision est prise… Fort de notre expérience sur l’île de Cuba (voir notre récit de voyage numéro 16) nous visiterons le Québec, et plus précisément la Gaspésie à la force de nos mollets… En vélo !  www.routeverte.com 


Itinéraire de la Route Verte


Guide de la Route Verte

L’aide d’Internet nous est encore bien précieuse, nous trouvons sans difficulté, grâce aux nombreux sites de vente de vélos d’occasion (www.velo.qc.ca , www.montreal.kijiji.ca) nos deux nouveaux compagnons de route.
Mon choix se porte sur une bicyclette Élite CCM, hybride, grosse selle, plateau dérailleur et grandes roues, tel est le texte de l’annonce, son prix défie toute concurrence, 15 dollars canadiens ! (soit environ 10 euros). La dame se propose même de nous livrer le bolide, sur le pas de porte de notre appartement.
Nous débarquons de la malle arrière de son véhicule ma nouvelle monture, et là c’est le choc ! La pauvre bicyclette a plus de 30 ans d’âge, elle pèse son pesant d’or, le dérailleur muni d’un seul plateau en dit long sur les coups de pédales qu’il va falloir allonger pour la déplacer !

 
Antiquité ou vélo !

La brave dame est si gentille et paraît si désemparée à l’idée de se séparer de cette antiquité (ayant appartenu à sa grand-mère) que je ne peux refuser son offre. La voiture démarre, je reste sur le pas de porte, Élite à mes cotés ! Je regarde tristement ma nouvelle acquisition et constate avec stupeur que la roue avant est complètement dégonflée et que le pneu se désagrége. C’est en portant péniblement Élite jusqu’au magasin de cycle que mon aventure avec elle débuta !
Philippe jette son dévolu sur un magnifique vélo tout chemin, rouge feu.
Nous équipons nos bolides de sacoches, et attelons une poussette de jumeaux que nous surnommons « Chariote ». Philippe la transforme en remorque en supprimant la roue avant et en réalisant un attelage pouvant supporter nos 60 kilos de bagages. Une bâche pour recouvrir le tout, solidement  maintenue par des tendeurs faits de chambre à air, et le tour est joué.

 
Nos bolides                                                                                Signaux de la Route Verte

Le challenge est de taille, de Montréal à Gaspé, nous découvrirons les régions de Lanaudiere, Chaudière Appalaches, Bas Saint Laurent, la Gaspésie, et terminerons par la région des Laurentides pour faire une variante de retour sur Montréal. Notre itinéraire par la route verte sera d’environ 3500 kilomètres en 3 mois de vagabondage et autonomie complète avec tente, réchaud, et notre lourd paquetage. En effet, nous sommes début août, il fait beau et chaud, mais il faut prévoir vestes polaires et bonnets car il n’en sera pas de même dans quelques mois !
Le parcours est composé de 50% de pistes cyclable à travers la nature, mais il passe également le long des routes fréquentées.
En guise d’entraînement, nous chevauchons nos machines et découvrons Montréal, vaste agglomération cosmopolite de trois millions d’habitants. C’est la métropole du Québec, haut lieu de diversité ethnique et culturelle. Ses rues, ses édifices, ses monuments témoignent des influences successives qui s’y sont manifestées. Le quartier du vieux port, le plateau du Mont Royal, vaste terrasse qui surplombe le centre ville, sont des lieux fort agréables à découvrir. Cette ville attrayante par sa diversité ethnique nous séduit. Les maisons à trois étages surplombées de balcons forment un théâtre à l’Italienne. Les escaliers extérieurs en S ou en colimaçons de fer forgé sont peints de couleurs vives, la végétation s’y agrippe majestueusement.


Magnifique architecture des maisons Allée du Parc Lafontaine

De nombreux parcs encerclent le centre ville, les allées et les énormes érables regorgent d’écureuils aussi dociles que gourmands.

  
Montréal la piste cyclable                       Maison de Montréal

 
Montréal maison                                   Écureuil Parc Lafontaine

Chargement bien arrimé, mollets bien affûtés, les Biquets sont fin prêts pour de nouvelles aventures !

  
Montréal : le départ                                                                      Louiseville camping marina, la fameuse tente suisse

Premiers coup de pédales pour sortir de Montréal, première côte à monter… En danseuse sur la cime de son pédalier, Philippe fait du sur-place ! Il est bien mal pris, comme on dit au Québec. Dépité, il pose pied à terre, il faut pousser Chariote !
La première étape de notre aventure s’achève dans le petit village de Louiseville. Près du lit de la rivière, nous savourons le charme et la fraîcheur du camping Marina, et la gentillesse des propriétaires nous fait bien vite oublier la douleur de nos fessiers, qui ressemblent à présent à des arrière-train de babouins !
À la tombée de la nuit, un orage démentiel éclate au-dessus de nos têtes, notre tente suisse, achetée à la sauvette aux États-Unis, s’écrase sous les rafales de vent, il vente à écorner les bœufs. Nous prenons peur à la vue des arbres qui vacillent. Sous des trombes d’eau, nous trouvons refuge dans la salle du restaurant. Le réconfort des propriétaires nous fait chaud au cœur.

 Réparation d’Élite

Au petit matin, nous sommes au sauna. Nous baignons, par la condensation intérieure de la tente, dans une véritable piscine. Un bon déjeuner avalé, des céréales et du sirop d’érable.
Foufounes (fesses) bien talquées, nous enfourchons nos montures pour cette seconde étape. La route nous semble interminable, fréquentée en masse par des automobilistes pressés, elle nous semble même dangereuse. La fatigue se fait durement sentir, les mollets crient « assez ».

 
En route vers Trois Rivières                                                                                       Flamands sur le fleuve

Nous parvenons en fin de journée à mi-chemin entre Montréal et Québec, dans la ville pittoresque de Trois Rivières. Nous sommes attendus et chaleureusement accueillis par Diane et Claude du bateau Picasso.

 Trois Rivières : Diane et Claude du Picasso

Le lendemain, repos forcé pour les Biquets ; les mollets sont explosés !
Journée découverte du quartier historique du Vieux Trois Rivières où édifices de pierre et belles ruelles fleuries nous invitent à « prendre une marche ».
Nous poursuivons notre route et sommes conquis par la gentillesse et la curiosité des Québécois. Lors de nos nombreuses pauses ou arrêts forcés par crevaisons, nous sommes  souvent abordés et aidés pour effectuer les réparations. Nos vélos les interpellent, nous répondons au mieux à toutes leurs questions. Nous avons parfois un peu de mal à comprendre leurs expressions, mais nous commençons peu à peu à nous y familiariser et à les utiliser nous aussi. Leur franc-parler, très imagé, nous amuse beaucoup.
Nous suscitons aussi beaucoup d’admiration et d’encouragement de leur part comme Hélène et Alain qui nous aident à réparer notre monture près de Champlain et nous retrouvent en fin de journée, au camping de Porneuf munis d’un énorme panier de fruits de leur jardin.

Nous totalisons 250 kilomètres au compteur, soit une moyenne de 50 kilomètres par jour. Pas un exploit, me direz-vous ! Mais pas mal tout de même, car Chariote pèse lourd. Il est vrai que nous nous régalons à découvrir les petits villages traversés, et que les pauses repas sur les abords du fleuve Saint Laurent s’éternisent parfois par une petite sieste réparatrice, enfin bref, de la balade quoi !
Nous n’avons aucune peine à trouver, le long de notre parcours, de quoi nous restaurer. Il y a toujours un petit « dépanneur » au coin de la rue, un petit magasin pour se dépanner quoi !

 
Les abords de Québec                                                                                      Québec Chateau Frontenac

  
Québec Festival Nouvelle France

Élevées sur un promontoire qui domine le fleuve Saint Laurent, les fortifications de Québec encerclent la haute ville et rougeoient au soleil couchant. La majestueuse silhouette du Château Frontenac se dresse devant nous. La foule se presse vers l’entrée de la ville basse. D’immenses pavillons flottent au vent. Notre arrivée est sûrement annoncée !
Mais, non, pas d’erreur, nous sommes dans la capitale de la Nouvelle-France et au cœur de leurs festivités.

 
Québec la cousine d’Élite                                                                                   Retrouvailles d’Atacapoum

 
Québec les festivités de la nouvelle France

 
Québec les festivités de la nouvelle France

Les rues sont bondées. Nous progressons avec difficulté. Chariote à bien du mal à se faufiler jusqu’aux quais de la marina du Vieux Port, ou nous retrouvons le joyeux équipage du bateau Atacapoum avec Vero, Lilou, et Pierre.  Ils se font guides pour nous faire découvrir cette magnifique ville. Avec ses vestiges de pierres entrecoupés de parc et de places, ses ruelles et ses fortifications, nous sommes au cœur du Moyen Age. Les personnages en costumes d’époques agrémentent les défilés.

 
Québec les festivités de la nouvelle France

 Québec avec Lilou

Avec la traversée du pont de Québec, nous roulons à présent sur la rive Sud du Saint Laurent. La piste cyclable de la Route Verte longe le lit du fleuve. Nous sommes séduits par la beauté du paysage, nous égrenons allègrement et sans fatigue, les kilomètres.
Cap vers Saint Etienne de Lauzon ou nous retrouvons l’équipage du Gone avec Jacqueline, Daniel. Leurs enfants, Evelyne, Cyprien et petit Mateo installés au Québec nous réservent un formidable accueil. Ils nous prêtent même leur magnifique tente de randonnée.Terminé les matins de bain sans la mousse, à présent nous serons logés comme il se doit ici « dans un igloo Inuit ».

 
Québec le pont de la rive sud                                                                              La nouvelle tente igloo inuit

Les rayons de nos roues tournent inlassablement, au gré des réparations de fortune, et des rencontres. Chaque soir, nous trouvons dans un petit camping, une parcelle de gazon pour planter notre igloo. Nous savourons la gentillesse des habitants, comme au camping du Quai de Rivière du Loup où la salle commune et son poêle à bois sont mis gracieusement à notre disposition pour améliorer notre confort.
Nous poursuivons notre remontée le long du fleuve empruntant suivant le cas pistes cyclables ou petites routes secondaires, parallèles à la nationale 132. Nous traversons ainsi les petits villages pleins de charme de Saint Jean Port Joli, Kamouraska, Rimouski.

 
L’église de 3 Pistoles                                                                                   Rimouski

Au niveau de Saint Flavie, nous mettons cap au sud-est, évitant ainsi les côtes vertigineuses qui sévissent jusqu'à Matane. L’ultime sursaut de la chaîne des Appalaches ne nous surprendra pas !
La traversée de la Baie des Chaleurs, ressemble plutôt à la traversée du désert, elle nous paraît interminable. Cette route taillée en ligne droite au milieu des sapins, ou les camions roulent pied au plancher, n’est pas « verte » du tout. Nous décidons de rouler sur le bas-côté gauche de la chaussée, afin de voir arriver de face, ces fous du volant.
Amqui, la Gaspésie n’est plus qu’à quelques coup de pédales.
Il fait chaud, la route qui ne présente aucun intérêt en vélo, nous paraît de plus en plus longue. Heureusement pour nous remettre du baume au cœur, nous retrouvons l’équipage du bateau Rocking-Chair avec Catherine, Claire et Jean-Pierre.

 
Retrouvailles des Rocking-Chair                                                                         Traversée Baie des Chaleurs

Nous passons une superbe soirée ensemble dans le camping boisé de Causapcal, et l’énorme plat de spaghettis cuisinés par Catherine est « écœurant » (excellent !) et nous remet bien vite sur pied pour avaler les étapes suivantes.

 Carte de la Gaspésie

Jusqu'à Matapedia, la route complètement encerclée par des sapins géants, descend doucement. Nous pénétrons dans cette vaste presqu’île tournée vers l’Atlantique. Les terres à l’intérieur de cette péninsule grande comme la Suisse, restent sauvages et pratiquement inhabitées. Les villages se succèdent tout autour de la côte, comme des grains de chapelets. Nous rencontrons partout de belles aires de repos. Eau chaude, toilettes et tables basses sont mises à disposition et nous permettent de prendre agréablement nos repas. Les offices de tourisme, nombreux dans cette région, nous permettent de consulter nos messages sur internet. Nous poursuivons toujours vers l’Est et le haut du port de l’Anse Beaufils, nous invite à planter notre igloo pour la nuit. Parterre de moquette d’herbe fraîche, site surplombant la mer, qu’espérer de mieux pour une soirée au clair de lune !
Au coucher du soleil, nous sommes attaqués par une armée de mouches noires. Elles se nichent dans nos cheveux, nous dévorent le cou, les oreilles, sauve qui peut !
Nous nous bombardons d’insecticides, manquant de peu l’asphyxie !
Au petit matin, nous ne ressemblons plus à rien, nous sommes bouffis par les piqûres de ces affreuses « bibittes » (bestioles inconnues).

 
Arrivée en Gaspésie                                                                                          Rocher Percé couchant

Nous parvenons enfin, après 700 kilomètres de route, 2 pneus changés, 14 crevaisons et une pédale ressoudée, au village de Percé. Repos bien mérité, dans le charmant camping Cote Surprise offrant une vue imprenable sur le splendide rocher façonné par la mer. Le village, qui fut le plus grand centre de production morutière de la Gaspésie, conserve de beaux vestiges témoins du passé.

 
Gaspésie Rocher Percé

 Gaspésie après Percé, la côte

La majestueuse côte, à la sortie du village de Percé, nous remet très vite les idées en place. Nous sommes bien en Gaspésie avec ses hautes falaises surplombant la mer, ses montagnes boisées, et ses multiples baies. À l’entrée du parc Forillon, nous empruntons la piste cyclable du sentier du portage reliant la partie ouest de la péninsule.

 
Gaspésie : sentier du portage                         Sentier du portage : vue

Près d’une aire de repos, nous installons notre campement pour la nuit. Nos vestes polaires et tuques (bonnets) sont de sortie. La fraîcheur du soir se fait sentir. Des hurlements retentissent dans la noirceur des ténèbres. Nos cœurs battent la chamade. Nous ne respirons plus. À présent, ils sont là tout près de la tente ! Des ours, des chiens, des loups, mais qui sont-ils donc ?

 
Sentier du portage : renard                                                               Les ours de Gaspésie

Nous ne fermons pas l’œil de la nuit. S’extirpant péniblement de nos duvets aux premières lueurs du jour, nous découvrons avec stupeur que la tente est complètement givrée. Fin août… il a gelé…, mais comment va-t-on faire pour continuer ?
Poursuivant sur le sentier, nous découvrons à quelques encablures… la véritable Cabane au Canada. Comme il est beau ce refuge-là, avec ses rondins de bois. Il est planté là, près du ruisseau, comme il nous tend les bras !

 
Ruisseau près de la cabane au Canada

Nous installons notre camp de base dans ce magnifique refuge, et réparons l’essieu de chariote qui ne demande qu’à nous lâcher. Autour du refuge, sous les épineux, de magnifiques bolets attendent d’être ramassés par les Biquets.
À la nuit tombée, bercés par la chaleur du petit poêle de bois, la tente directement posée sur le plancher, tendrement enlacés, nous ne mettons pas plus d’une minute pour sombrer dans les bras de Morphée.

 Gaspésie, réparation Parc Forillon

Au matin, les gardiens du parc viennent couper du bois afin alimenter le refuge pour l’hiver. Nous sommes tout penauds, en leur avouant que nous avons dormi là pour se protéger du froid, mais cela ne semble poser aucun problème. Nous sympathisons très vite avec eux, et  partageons gaiement notre poêlée de champignons. Ils nous indiquent un second sentier, menant au refuge de Castor, que nous partons découvrir dès le lendemain.
Nous mettons pied à terre au bout de 3 heures car le chemin devient peu a peu impraticable. Une ravine creusée par les récentes pluies le transforme en véritable parcours du combattant !
Il faut pousser nos vélos, tirer Chariote, débroussailler, pour enfin atteindre le refuge du Castor. Havre de paix, poêle à bois pour la flambée, mais quelque peu hostile par l’immensité de la forêt et de la faune qui l’entoure. Nous ne sommes pas trop rassurés.
Au retour, la pluie de la nuit, a encore plus creusé le chemin. Chariote n’en peu plus. Ses roues s’enlisent à chaque pas, elles couinent, elles grincent. L’essieu arrière casse. La poussette de jumeaux jette l’éponge là, elle nous abandonne ici au beau milieu du bois.
Nous hurlons, nous pleurons de rage, mais non, il n’est pas question de te laisser là, nous ne t’abandonnerons pas !
Nous effectuons la descente avec nos vélos, puis dans un dernier sursaut remontons la chercher. Complètement exténués nous parvenons à la nuit dans notre chère Cabane au Canada. Nous mettrons plus d’une semaine à nous remettre sur pied, tandis que Chariote entre les bonnes mains des gardiens du parc, est munis d’un nouvel essieu deux jours après !
Nous sommes une fois de plus, charmés par la gentillesse et le dévouement des Québécois.

 
Réparation des gardiens                                                                   Traversée par sentier du portage

La magnifique route surplombant la mer nous fait découvrir l’Anse au Griffon et le cap des Rosiers. Au pied des falaises, de gros phoques vautrés sur de lisses rochers se bronzent tout simplement.

 
Gaspésie l’Anse au Griffon                                                             Les  phoques se bronzent

 La côte du parc Forillon

 
La côte Cap des Rosiers                                                                                   Gaspésie Parc Forillon

Le site nous séduit tellement que nous séjournons plus d’une semaine dans le camping boisé de Petit Gaspé situé a l’intérieur du parc Forillon. De très beau sentiers de randonnées y sont aménagés. Du haut des falaises nous observons les phoques.

 
Gaspésie belvédère du Mont Saint Alban

 
Observation des phoques                                                                            Gaspésie vue falaise


Le belvédère du Mont Saint Alban offre une vue grandiose sur la péninsule toute entière.

Le musée de l’Anse Blanchette retrace à merveille la vie des pêcheurs de morue, qui fut a la fin du XIXe siècle et début du XXe l’activité principale de la population de cette région.
Je cite : « L’été, quand la morue « rentrait », les pêcheurs sortaient en toute hâte pour rapporter leurs premières prises.

 
Gaspésie l’été la pêche                                                                    La  morue

Pendant tout l’été, hommes, femmes et enfants s’employaient à préparer le poisson. Entre chaque rang de morue, il fallait déterminer la quantité de sel nécessaire. Une tâche que se réservait le pêcheur ! Après avoir baigné dans la saumure pendant deux ou trois jours, la morue était mise à sécher.

 
Gaspésie fût salaison                                                                       Gaspésie séchage

  Gaspésie les Vigneaux

Ils surveillaient attentivement le temps qu’il faisait. Deux fois par jour, les femmes et les enfants retournaient les morues étendues sur les vigneaux. Pour obtenir un bon séchage, il fallait à la fois étendre la morue au soleil et l’empiler afin de la faire suer. Dix « soleils » suffisaient. Le séchage durait environ trois semaines. C’était leur gagne-pain. Toute leur année en dépendait.
L’automne, lorsque la dernière goélette chargée de morue séchée levait les voiles, la saison de la pêche était terminée. Les pêcheurs halaient les bateaux sur la plage, remplissaient les caveaux à légumes et se préparaient pour les longs mois d’hivers.
L’hiver venu, quand les grands froids étaient pris pour de bons, le rythme de vie ralentissait. C’était alors le temps de visiter les voisins, de se marier et de passer de joyeuses veillées à danser et à jouer aux cartes.
Au printemps, à la fonte des neiges, ils sortaient leurs équipements et se préparaient pour la nouvelle saison de pêche. Ils goudronnaient les bateaux, rapiécaient les voiles, remaillaient les filets, huilaient leurs habits de pêche… »
Pour nous ce ne sera pas de la morue pour le repas du soir… mais de succulents maquereaux gentiment offert par les pêcheurs du Parc. Nous les faisons griller sur le barbecue au pied de notre campement. Hum !

 
Gaspésie l’hiver                                                                                Camping Gaspé maquereaux grillés

Mais le froid commence de plus en plus à se faire sentir. La gelée de la nuit nous incite à commencer à penser au retour dans le sud. Nous reprenons avec peine nos vélos, nos muscles ne suivent pas, les bonnes habitudes se perdent très vite.
Une pluie battante nous surprend au niveau du village de Port Daniel. Nous sortons nos capes de pluie. Nous ressemblons à des épouvantails. Il fait froid, les bouts de nos doigts s’engourdissent. Au beau milieu d’un grand virage, sur la droite, une magnifique gare attire mon attention. Mais que se passe t-il donc ? Ma roue avant ne répond plus ! Trop tard, les rails d’une ancienne voie ferrée l’ont pris au piège ! C’est la chute non contrôlée, le roulé boulé rate ! De tout mon poids, j’atterris sur le bas-coté d’en face, mon coude reste bloqué, et une de mes côtes est touchée !
De surprise, Philippe suit ma trajectoire, sa roue avant s’engouffre malicieusement dans la fente du rail. Il ne peut rétablir sa route, et c’est la chute en avant ! Chariote déstabilisée capote, son attelage se détache, et finit sa course, seule au milieu du champs !
Plusieurs automobilistes s’arrêtent pour nous porter secours, une famille nous accompagnera même jusqu’au motel suivant, et nous offrira un copieux goûter pour nous remonter le moral.  Bien au chaud dans la chambre d’hôtel, nous pansons nos blessures, mais la côte de Biquette est bel et bien fêlée. Le repos complet s’impose, et pour ne pas nous culpabiliser, le temps s’y met aussi, et la pluie redouble de violence durant nos deux jours alités.
La reprise est laborieuse, douloureuse, mais heureusement bien récompensée par le magnifique site du bourg de Pabos et son camping boisé.

 
Pabos                                                                                             Premières couleurs d’automne

Nous sommes le 30 août, et fêtons nos 20 ans de mariage, nos 10 ans de voyage, et notre vie de bonheur, Merci laVie !

Nous filons vers le Nouveau-Brunswick, partie Est du pays, mais au niveau du parc national de Campbellton, nous prenons la sage décision de ne pas poursuivre. Nous apprenons par l’office du tourisme que la route reliant Edmunston est déserte sur plus de 250 kilomètres, et utilisée seulement par les énormes camions transportant du bois.
Nous reprenons donc l’itinéraire de l’aller.
Nous découvrons dans le petit village de Saint Simon une magnifique demeure pleine de charme : l’auberge Saint Simon. Gisèle et Jacques, heureux propriétaires, nous y accueillent chaleureusement. Le temps est exécrable et durant 3 jours notre arrêt se prolonge agréablement en leur compagnie. Une très bonne table a ne pas manquer.

 
Auberge de Saint Simon                                                                   Auberge Saint Simon Jacques et Real

 
Saint Simon chalet annexe                                                               Saint Simon tous en randonnée

La saison estivale au Québec est à présent terminée. Les campings ferment peu à peu leurs portes. Le soir, sur les sentiers des pistes cyclables, des aires de repos sont aménagées. Le plus dur, ce n’est pas le paquetage à déballer ou la tente a monter, mais le système de douche à installer !
Une bouteille plastique savamment percée, de l’eau chaude, et le tour est joué. Il fait si froid que parfois on y passe juste le bout du nez !
Il nous reste environ 100 kilomètres avant Québec et le long de la route, de magnifiques bolets ne demandent qu’à être ramassés. Ils honorerons notre repas du soir chez Catherine, Jean-Pierre et Claire. Nous avons la joie de les retrouver douillettement installés à Québec pour l’hiver, dans leur somptueuse maison.

 
Avant l’entrée de Québec                                                                                  Retrouvailles avec l’équipage de Rocking Chair

Durant une semaine, ils se font guides pour nous faire découvrir la région de Charlevoix. Les arbres rougeoient de couleurs ocre, l’automne est bien là ! Comme elle est belle cette saison au Canada. Comme il est difficile de se quitter après tant de gentillesse et d’hospitalité.

 
Région Charlevoix

 
Caribou région Charlevoix

 
Région Charlevoix

 
Québec difficile départ                                        Sur la route des Laurentides

Le retour par la région des Laurentides et le parc linéaire du bois Franc nous offre des paysages rougeoyants magnifiques. Les sous-bois que longent les pistes cyclables sont somptueux, et les feuillages de confortables matelas.

 Sur la route des Laurentides

C’est à Saint Cyrille de Wendover que nous avons la joie de retrouver l’équipage de Picasso, avec Diane et Claude. Ils sont heureux comme deux tourtereaux, dans leur nouveau nid de bonheur. Leur magnifique demeure ensoleillée, entourée d’un immense jardin boisé ne manque pas de charme. Les épines de pins forment un tapis douillet qu’il est bien amusant de ramasser.

 
Sur la route des Laurentides                                     Région de Saint Hilaire

Derniers coups de pédales dans le froid de la brume qui se lève doucettement le matin. Encore quelques crevaisons à déplorer, mais rien de grave, nous sommes bien rodés. Nos forces sont à présent décuplées. Nous pouvons grimper sur des montagnes !
Les kilos superflus envolés, nous avons beaucoup plus de place dans nos duvets, mais il faut imaginer les parties de fous rires que nous prenons le soir dans la tente avant de nous coucher. Nous sommes prêts à affronter la Sibérie avec nos caleçons longs, tuques (bonnets), mitaines (moufles), chaussettes de laine et  couverture de survie. Pour le prélude à l’amour, il faut attendre un peu, car impossible de se réchauffer !
Il est grand temps de rentrer, avant de se retrouver complètement congelé avec la goutte au nez !
Ultime étape sur les hauts de Saint Hilaire. Nous y retrouvons l’équipage de Umayok. Avec Guylaine, François et leurs enfants. Ils nous accueillent dans leur chalet plein de charme. La chaleur, la joie de vivre et la symbiose de cette famille nous réchauffe le cœur.

 
Retrouvailles équipage Umayok                                                        Automne à Saint Hilaire

 
Supporters de Laurent                                                                      Match acharné

Derniers coups de pédales, dernières gouttes de suée et cette impression de victoire qui vous prend aux tripes et vous donnes des ailes pour continuer. Mais il faut s’arrêter, il faut se reposer. Prendre le temps de penser à tous ces instants, à toutes ces rencontres magnifiques qui nous ont permis d’avancer et de réaliser ce beau voyage.

 
Montréal Parc Lafontaine                                                                  Couleur d’automne

 
Les écureuils de Montréal                                                                 Montréal avec Marlène

C’est avec la gentillesse et l’hospitalité de Marlène que de retour sur Montréal nous avons la joie de partager et de savourer en nous reposant ces instants magiques.
De retour dans la Baie de Chesapeake aux États-Unis, nous retrouvons notre fidèle compagnon de route Voyage, reprenons le chenal des Waterway jusqu'à Beaufort, puis cap au Sud-Est  pour faire route vers les Bermudes.

 
Reprise du waterway avec Voyage

   
Beaufort le mouillage                                                En navigation vers les Bermudes

Fin novembre, la saison des cyclones se termine. Notre visa sur les États Unis arrive à expiration. Les formalités de sortie effectuées, nous hissons les voiles et mettons cap au Sud-Est  pour faire route vers les Bermudes.

  
Au mouillage aux îles Bermudes                                                         La ville de Saint Georges

Trois jours d’escales technique sur les Bermudes, une bonne fenêtre météo qui s’annonce, nous poursuivons notre cap vers la chaleur, pour arriver une semaine après aux Antilles.
Puis tout va très vite, nous trouvons grâce au superbe site internet mis en ligne par Yves immédiatement acquéreur pour notre fidèle compagnon Voyage.
Dans la même semaine, nous faisons l’acquisition, au Panama, d’un magnifique catamaran, le Belize 43 des chantiers Fountaine Pajot.

NOS PROJETS À VENIR :
Afin de connaître et d’équiper au mieux notre « bi-coque », nous séjournerons quelque temps sur l’arc Antillais. Puis nous poursuivrons notre route vers le Pacifique avec un passage prévu de canal de Panama en avril 2010.

LE MOT DE LA FIN
Nous tenons à remercier :
- Nos lecteurs qui sont de plus en plus nombreux à nous encourager par e-mails,
- La revue Voiles et Voiliers qui publie nos cartes postales et notre site en référence,
- Les revues Loisirs Nautiques et Voile Magazine qui publient des extraits de nos gazettes,
Sans oublier Yves et Jean-Pierre qui mettent à jour notre site et Maman Biquette qui contribue à la réussite de notre grand Voyage.
Un grand merci à vous tous, et merci la vie !
A très bientôt pour la suite de nos aventures.

Pascale et Philippe ou « les Biquets en Voyage »


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