La Gazette des Biquets N° 18

REMONTÉE VERS LES ÉTATS-UNIS  (printemps 2006)
îles San Blas, Belize, Floride, Intercostal Waterway, Washington.


Après un séjour de quelques mois dans l’Archipel des îles San Blas, avec nos amis les indiens Kunas, nous quittons ce paradis dont nous avons déjà longuement parlé sur notre récit de voyage numéro 14 et faisons cap vers le Nord pour de nouvelles aventures…

  
Les îles San Blas et les indiens Kunas

 
Cap vers l’Amérique du Nord

Fin mars 2006, l’alizé faiblit, la mer se calme, le vent est d’Est à présent. Il est grand temps de pointer l’étrave de Voyage vers la petite île fort sympathique de Providencia située  à 260 miles dans le Nord.
  
En route vers le Honduras                                                                Barque locale Belize

Voici les îles du Honduras, suivi du Belize où nous faisons une halte obligatoire afin d’obtenir un visa de longue durée pour notre balade aux États-Unis. Nous espérons obtenir un visa de 10 ans, comme beaucoup d’amis navigateurs l’ont obtenu en faisant leur demande à Trinidad ou aux Bahamas.
Notre objectif est de sillonner durant une année les USA en camping car à la découverte des grands espaces et des parcs nationaux de l’ouest et par la même occasion nous séparer de notre compagnon de Voyage en le vendant sur le territoire Américain. Hé oui, nous souhaitons changer de monture et passer au catamaran.


À Belize City

Nous pointons l’étrave sur Belize City, la capitale, avec une ambassade des États-Unis qui nous accueille bien mal, ce matin-là. Nous patientons plus de 2 heures en quarantième position, dans une immense salle où quelques ventilateurs brassent avec difficulté l’air ambiant.
Au micro, dans une langue absolument incompréhensible, des noms sont égrenés…
Notre tour arrive enfin, mais notre dossier ne semble pas convenir aux autorités de l’ambassade. Nous n’avons pas de domicile fixe en France, pas d’emploi depuis 2000, pas de rentes ou de retraite, et de ce fait pas de visa non plus !
Nos passeports, avec les tampons d’entrées des pays précédemment visités, je cite : Venezuela, Colombie, Panama, Honduras, Guatemala, ne semblent pas les faire rêver du tout !
Fini notre ballade aux États-Unis, fini le camping-car que nous voulions acheter pour découvrir en long et en large le pays.
Nos projets s’effondrent devant cette vitre sans tain derrière laquelle une Américaine s’efforce de garder son calme, nos nerfs sont à dure épreuve, un dialogue de sourd, et en anglais, je vous laisse imaginer !
Nous obtenons, après 4 heures de palabres, et 3 tonnes de justificatifs (relevés de compte sortis sur Internet), un visa touristique de 6 mois !!!
Il nous sera donc impossible avec si peu de temps, de réaliser nos projets en camping-car, la route est encore longue, les miles encore nombreux pour monter jusqu’aux USA. Tous nos projets tombent à l’eau, nous sommes désemparés.
Nous poursuivons notre route toujours plus Nord et les 300 miles à parcourir jusqu’à Key West nous semblent sans but.
Au large de Cuba, l’odeur des feuilles de tabac se fait sentir, le vent d’Est se maintient.
   
Cuba

   
Cuba                                                                         Voyage sous voile

Au petit matin, nous suivons scrupuleusement le chenal d’entrée et mouillons l’ancre en territoire Américain. Nous sommes sur les îles de Dry Tortuga dans la baie de Garden Cay.

Key West île de Dry Tortuga

C’est à Key West que nous faisons notre entrée officielle sur le territoire. Nous sommes ancrés derrière l’île de Tank Island faisant face à la ville.
Les formalités sont cette fois réalisées sans problème et un permis de navigation d’une année, nous est délivré pour le bateau.
La ville est agréable, essentiellement touristique. Nous assistons à une débauche de Harley Davidson. Les machines rutilantes font le spectacle de la rue, l’Amérique en folie nous accueille.

Key West, la folie des Harley Davidson

Nous avons quelques soucis de compréhension, l’anglais parlé par des américains nous parait bien loin de notre anglais scolaire, comme si nos interlocuteurs prenaient un malin plaisir à mâchouiller un chewing-gum en permanence.

Notre vaillant compagnon Voyage taille sa route toujours plus Nord, et les 160 miles qui nous séparent de la Floride sont avalés en mois de 24 heures. Dans la brune de l’aube, surgissent des gratte-ciel. Pas d’erreur, nous y sommes, voici les bouées d’entrée de Biscayne Channel. Nous sommes abordés par la vedette rapide des Coast-guards (gardes cotes), qui effectue un contrôle de routine, nos passeports sont en règle. You're welcome !

      
Miami Beach                                                                                                     Miami et ses sportives

Le chenal d’accès nous mène sans souci jusqu’au mouillage de Coconut Grove et nous jetons l'ancre devant le Miami Yacht Club pour un repos réparateur.
Tout s’enchaîne très vite, nous contactons plusieurs agences pour la vente de Voyage, mais rien ne va plus !
Le marché des bateaux d’occasions s’écroule, le passage de l’ouragan Katrina a découragé les futurs propriétaires, le dollar dégringole, le bateau n’est pas aux normes du pays, pas de 110 Volts à bord, pas de « boîte à caca », une taxe à payer pour le mettre en vente, bref, rien de bon, et tous nos projets qui chavirent à nouveau. Que faire a présent ?
Il faut tout de même continuer à monter plus au nord du pays pour mettre Voyage à l’abri des cyclones.
Nous retrouvons à Fort Lauderdale l’équipage du Picasso avec Diane et Claude, ils vont retrouver leur pays natal, le Canada. Ils tentent de nous remonter un peu le moral, nous parlent du Québec avec beaucoup d’amour.
   
Écluse de Cap Canaveral  

Début mai, nous pénétrons par Port Canaveral dans l’intercostal Waterway :
 Carte des Waterway

Ce canal creusé et aménagé pour former une grande voie navigable longe le littoral depuis la Floride jusqu'à Newport dans l’état de Virginia. Il permet, à l’abri des sautes d’humeur de la météo (qui nous paraît bien capricieuse ici), de remonter tranquillement, à l’intérieur des terres, la côte Est des États-Unis. Nous découvrons ainsi les petites villes qui longent le rivage, entrecoupé de longs passages bordés de verdure.
Le guide de navigation et des mouillages qui nous guidera sans problème dans l’intercostal durant toute notre remontée jusqu'à Washington est le petit fascicule de Bob ancrage ainsi que le logiciel de navigation Max Sea et cartes Cmap.
Le tirant d’air des ponts récemment construits est de 65 pieds, donc sans problème pour passer avec le mât de Voyage. Les anciens ponts, beaucoup plus bas, sont mobiles. Il est nécessaire, à l’approche d’un pont, de se signaler par VHF, afin que le responsable bloque la circulation automobile et fasse basculer les chaussées du pont pour permettre notre passage. La profondeur de cette partie du canal varie de 3 à 7 mètres. Le soir, des haltes nautiques devant les villages nous accueillent au mouillage ou en marina suivant les infrastructures.
  
Passage d’un pont tournant                                                          Typique Saint Augustine

Nous mettons une mention toute particulière pour la ville de Saint Augustine (état de Floride), très sympathique avec ses belles rues piétonnes animées.
Malgré les charmantes escales qui longent le canal, la route nous semble un peu longue pour rejoindre ainsi l’état de Carolina. Nous décidons de sortir du canal et reprenons la mer par la passe de Fernandina. Voyage file à 8 nœuds… nous restons sur des fonds de 200 mètres et le courant du Gulf Stream nous pousse allégrement. Le lendemain, à la tombée de la nuit, tout se gâte… l’orage arrive, le vent d’Ouest se renforce, la mer se creuse, les vagues poussées par le courant déferlent à présent et forment des montagnes à l’arrière du bateau !
Dans la nuit noire, l’écume blanche semble vouloir nous happer, et l’orage ne semble pas s’éloigner. Harnachés jusqu’aux dents, la peur au ventre, nous surfons à 10 nœuds, la côte n’est pas très loin, il faut s’en écarter pour éviter tout danger.
Nous comprenons bien vite pourquoi les Waterways ont été creusés, et la raison pour laquelle tous les bateaux Américains rencontrés nous conseillaient de les emprunter. La météo, dans cette région, ne laisse pas beaucoup d’alternative. L’énorme courant du Gulf Stream creuse une mer difficile à manier dès que le vent se lève.
Nous sommes bien heureux de distinguer les bouées de l’entrée de Beaufort (Carolina) qui nous guident sans problème à plus de 6 miles au large. Encore plus heureux, de suivre le long chenal balisé et lumineux jusqu’au mouillage situé devant la petite ville pittoresque. Là, de nombreux voiliers sont ancrés. L’étroit chenal devant la ville ne permet pas beaucoup l’évitage mais Voyage se fraye un petit coin de paradis dans la nuit noire qui nous entoure.
Il faut signaler la petite ville fort sympathique, avec toutes les commodités espérées, ainsi que le beau petit musée maritime et l’accueil très chaleureux qui est réservé aux gens de bateaux.
   
Le chenal et mouillage de Beaufort                         Le Musée de Beaufort

Notre décision est prise, nous poursuivrons notre montée jusque dans la baie de Chesapeake, pour mettre Voyage à l’abri durant la période cyclonique par l’intercostal, Na !


Remontée tranquille par les Waterway

Il nous est  parfois possible de faire quelques miles sous voiles, lorsque les abords du canal sont dégagés, faisant place à la brise. Mais la majeure partie de la remontée s’effectue au moteur. Les courants de marées nous aident considérablement à progresser, le tout parsemé d’escales sympathiques, ponctuées d’accueil chaleureux pour les bateaux de passage, comme nous avons connu dans la ville d’Elizabeth City en compagnie du bateau Umayok avec Guylaine, François et leurs enfants.
Mention spéciale pour le passage de l’Alligator Chanel et du Dismal Canal en North Carolina dont la faible largeur et profondeur laisse place à la nature.

  
Faune de l’Alligator Chanel                                                                Calme de l’alligator passage

  
Écluse du Dismal Canal                                                 Dismal Canal

D’escales en escales, de mouillages en mouillages, nous montons tous les jours un peu plus vers le Nord. Tout comme nous, de nombreux bateaux Américains et Canadiens empruntent le canal pour retrouver leur port d’attache.
Nous pénétrons à présent dans la Chesapeake Bay, et la ville de Norfolk gardée par l’impressionnante flotte des navires de l’US Navy est impressionnante.
La passe d’accès vers la mer, large de 8 miles, laisse place, lorsque vent et courant sont contraire à un violent clapot.
Là encore, à marée montante, les courants nous aident à progresser allégrement.
L’entrée de la rivière Potomac nous réserve un accueil, beaucoup moins sympathique. Un bel orage, et un vent violent d’Ouest nous empêchent de progresser. L’énorme clapot levé par des fonds peu profonds, font de cette entrée dans la rivière un passage de galère. Nous progressons à 1 nœud, moteur à fond, et les 10 miles, qui nous séparent de la rive opposée nous paraissent interminables. Nous trouvons un havre de paix, et refuge bien protégé du vent d’Ouest, devant la marina de Deep Cove.


La Potomac River                                                       

La Potomac River est parsemée sur ses abords de nombreux villages, ou nous faisons escale au mouillage tous les soirs. Pour nous abriter d’un front froid de Nord, et de son vent glacial qui s’engouffre en furie dans le lit de la rivière, nous trouvons refuge au mouillage de Mattawoman. Un parc national et un beau sentier pédestre nous permettent de faire quelques pas à terre. En fin de semaine, l’animation est assurée par les concours de pêche sportive qui se déroulent sur le site et le vrombissement sur l’eau, des bolides équipés de moteurs de 250 cv, est un spectacle unique en son genre. De mouillages, en mouillages, les miles s’égrènent gentiment, et nous mènent après le passage laborieux du Wilson Bridge (son ouverture étant possible seulement la nuit, pour ne pas gêner la circulation) dans la ville de Washington DC.

 
Washington arrivée de nuit                                                                Washington mouillage marina Ganablank

Dernière ligne droite par le Washington Channel, et nous voici ancrés à deux pas de la Maison-Blanche devant la marina Ganablank. Quai pour le dinghy, sanitaires, laverie, barbecue, sont mis a disposition des bateaux de passage moyennant participation.

 
Washington au mouillage                                                                  Washington le Capitole

Nous sommes ancrés au pied de la grande ville, et dévorons durant 2 semaines les magnifiques expositions et musées grandioses qui s’offrent à nous. Escale culturelle incontournable pour les amateurs de belles choses.

NOS PROJETS À VENIR :
Nous reprendrons ensuite le flot de la rivière Potomac en sens inverse environ mi-juillet et parviendrons dans la Chesapeake Bay, et plus précisément à Deltaville Marina où nous retrouverons quelques bateaux francophones.
Puis nous descendrons après la saison cyclonique sur les Antilles, nous nous séparerons alors de notre fidèle compagnon, et poursuivrons notre sillage vers le Pacifique avec une nouvelle monture, un catamaran.

LE MOT DE LA FIN
Nous tenons à remercier :
- Nos lecteurs qui sont de plus en plus nombreux à nous encourager par e-mails,
- La revue Voiles et Voiliers qui publie nos cartes postales et notre site en référence,
- Les revues Loisirs Nautiques et Voile Magazine qui publient des extraits de nos gazettes,
Sans oublier Yves et Jean-Pierre qui mettent à jour notre site et Maman Biquette qui contribue à la réussite de notre grand Voyage.
Un grand merci à vous tous, et merci la vie !
A très bientôt pour la suite de nos aventures.

Pascale et Philippe ou « les Biquets en Voyage »


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