La Gazette des Biquets N° 15

Panama, Honduras, Belize, Guatemala, Rio Dulce (août 2004 - mai 2005)


Fin août 2004, nous retrouvons famille et amis avec une belle escapade de plus de 3 mois sur notre vieux continent : la France.
Nous  prenons plaisir à fouler les magnifiques sentiers de randonnée et retrouver le chemin de St Jacques de Compostelle au départ de Toulouse jusqu'à Santiago, soit environ 1300 kilomètres à pied. Chemin extraordinaire, qui nous rend disponibles au monde et à tous les amis que nous avons eu la joie de rencontrer.

NAVIGATION DE PANAMA AU HONDURAS

Mi-novembre, nous sommes de retour auprès de notre fidèle compagnon Voyage, dans la marina Panamarina à Linton sur le continent du Panama.

Entre deux averses tropicales, nous armons le bateau, installons tauds, capote de descente, lazy bag refaits de neuf par les maîtres voiliers Bob et Christelle installés à Linton, puis, enfin prêts, nous mettons le cap vers l’île de Providencia, île Colombienne au large du Nicaragua.

Deux jours après notre départ, vent et courant contraire se renforcent, atteignant un bon force 7. La mer déferle dangereusement sur la crête des vagues, et nous invite par sagesse à faire demi-tour…

Epuisés, découragés, bande anti-UV déchirée, nous mouillons en pleine nuit dans le mouillage tranquille de Linton. Retour forcé à la case départ pour les Biquets !

Nous patientons et réparons, entre deux pluies diluviennes, le génois, dans l’attente d’une bonne fenêtre météo qui pointera son nez, seulement, une semaine après.

Nous parvenons, après 7 jours de traversée musclée à regagner les îles de la Bay au Honduras.

Escale technique pour Voyage, dans le chantier Shipyard de la Ceiba, sur le continent du Honduras.

Nous changeons d'amure et prenons Karcher et pinceaux pour nettoyer les fesses de Voyage. Carénage sans problème, nous sommes entourés de professionnels à l'Américaine, rien à dire, beau boulot.

Quelques nuitées pour se reposer sur les fameuses îles de la Bay au Honduras, situées juste en face de la Ceiba, dans un décor paradisiaque, puis, nous mettons le cap toujours plus au Nord durant 24 heures.

En route

LE BELIZE - LES ATOLLS
Nous distinguons les côtes du Belize qui donnent à l’est sur la mer des Caraïbes et au sud sur le golfe du Honduras. Le pays partage ses frontières au nord avec le Mexique (la péninsule du Yucatan) et à l’ouest et au sud avec le Guatemala. La zone côtière s’étend sur 280 kilomètres suivant un axe nord-sud. On semble y distinguer des mangroves en abondance et quelques plages sablonneuses. Au large, plusieurs îles dont formées par le Barrier Reef, la seconde plus longue barrière de corail au monde après la Grande Barrière d’Australie.

Nuit noire, Voyage tout propre a des ailes, il file à 8 nœuds ! Un phare droit devant nous annonce le premier atoll du Belize, Lighthouse Reef, célèbre de par le commandant Cousteau pour son fameux trou bleu (Blue Hole).

Blue hole

Impossible de pénétrer par la passe sud, la mer déferle dangereusement sur les récifs, prudemment nous attendons l'aube en contournant l'atoll par l'ouest. Ouf ! l'ancre est mouillée à 8 heures, les fonds ne dépassent pas les 2,50 mètres. Après de belles sueurs froides pour cette arrivée, nous savourons le calme du mouillage, les pélicans nous souhaitent la bienvenue.

Repos, plongées, nous découvrons les coraux Béliziens. Là, cerveaux, gorgones, cornes d'élan, raies léopard, sont d’une extraordinaire beauté et se partagent le décor. Premiers poissons, premières langoustes... et hop, le repas est dans l'assiette !

Nous poursuivons notre route vers l'atoll de Turneff et découvrons peu à peu ses différents mouillages, parfois difficiles à aborder, les yeux rivés sur le sondeur. De nombreuses têtes de corail affleurent sous l’eau, et prennent un malin plaisir à surgir sournoisement devant l’étrave de Voyage. Pénétrant à l’intérieur de l’atoll par le Blue Creek Channel, nous progressons lentement sous un fond d’algues et de sable vers la barrière de corail.

Soudain, Voyage, est stoppé net ! Littéralement immobilisé, scotché, planté sur un haut fond de sable et de corail. La quille (1.50 mètres) talonne dans un bruit sourd, puis, voici le tour du safran, sauve qui peut, il faut intervenir vite, la marée descend !
Philippe force la puissance du moteur, mais rien Voyage ne bouge pas !

Je chausse palmes, masque et tuba, et me jette à l’eau pour trouver un passage avec un peu plus de fond. Je tourne en rond, m’étouffe dans mon tuba, je suis désespérée, quand, à quelques mètres de moi surgit un groupe de trois dauphins ! Ils plongent, m’entourent, et avec un comportement inhabituel vont et viennent toujours dans la même direction. Je ne sais plus bien s’il faut apprécier cet instant magique, pourtant tragique. Les dauphins, comme cité parfois dans les récits d’aventures nautiques, m’indiquent la direction à prendre, je les suis, et trouve aussitôt la passe nous permettant de dégager Voyage.
Les dauphins fiers de leurs collaborations, sautent majestueusement devant l’étrave, et d’un dernier clin d’œil malicieux, semblent nous souhaiter une bonne route. Incroyable, mais vrai !

  Coucher soleil Belize

LE BELIZE - ZONE COTIERE
Nous regagnons le village populaire de la péninsule de Placencia. Sur la petite place en terre battue, devant un quai (ou ravitaillement en eau et diesel sont possible pour les bateaux), quelques embarcations colorées ainsi que des pêcheurs locaux se reposent sous les palmiers.

Quelques boutiques de ravitaillement, un petit étal de fruits et légumes, des échoppes de souvenirs, des restaurants… un étrange sentiment de village du bout du monde nous envahi.

De part et d’autre de la rue principale, les villageois déambulent sous une chaleur accablante. Des visages, d’une grande diversité raciale, nous sourient. Nous distinguons, des Mayas, puisque Belize était autrefois l’un des principaux centres de cette civilisation, des Noirs, des Hindous et des Chinois, tous, semblent cohabiter pacifiquement. Bien que l’anglais soit la langue officielle, et compris de tous, c’est surtout le créole, un mélange d’anglais, d’africain, et d’espagnol qui anime les discussions de la rue.

Barque de peche

FORMALITES - ENTRÉE EN BATEAU
Nous poursuivons vers la mangrove de Big Creek avec Voyage, afin de faire nos formalités d’entrée dans le Belize. Ces formalités seront à renouveler tous les mois pour la douane et l’immigration, payantes à compter du deuxième mois, avec à la clé, une sortie obligatoire du pays au bout du troisième mois. Pas cool tout cela, mais il va falloir s’y faire !
Surprise, après les kilomètres parcourus pour rallier les différents bureaux officiels, nous avons droit à la visite à bord du douanier peu chaleureux pour subir l’inspection de nos produits frais, nommée «quarantaine». Catastrophe, il a découvert des produits illicites à bord de Voyage ! Ses yeux sortent de ses orbites en découvrant nos trois bananes flétries, et les deux pommes que nous conservons désespérément depuis plus de 10 jours ! Aucun fruit ne peut être importé dans le pays, il y a les œufs de la «fameuse» mouche du pays voisin, qui les a sûrement infectés !!!

Il nous ordonne sur le champ d’avaler les produits du délit, manquant de nous étouffer, et de récupérer les épluchures dans un sac plastique qui sera brûlé jusqu'à la dernière cendre ! Par contre, nos citrons verts ont droit, eux, à un autre sort. Ils sont délicatement récoltés par notre douanier et confisqués peut-être pour son ti-punch du soir !!! Il conclut avec un grand sourire rempli de magnifiques dents banches : "It’s my job !

PARCS NATIONAUX
Nous mettons le cap vers le sud de Placencia, et comme "you welcome" à notre arrivée sur le continent dans le mouillage de New Haven, vers 16h, deux homme noirs, en uniformes blancs, soi-disant du «parc national» viennent nous réclamer 20 $ US pour rester au mouillage sur notre propre ancre au milieu dans cette baie encerclée de mangrove !

Nous refusons de payer une telle somme pour ne pas cautionner ce racket, mais acceptons de cotiser afin de les aider dans leur œuvre. Nous leur demandons une preuve, une carte des parcs nationaux du pays afin de savoir avant de mouiller, ce pour quoi nous serons redevable. Refus  total, 20US, et rien d’autre ! "It’s my job !"
Les deux hommes  mouillent l’ancre de leur embarcation et attendent que l'on ressorte de la baie. Nous avons une seule envie : les manger tous crus !

Nous découvrirons bien assez tôt que la majeure partie des mouillages du sud du Belize sont également classés parcs nationaux et taxés de par ce fait, dès l’ancre jetée.

FONDS SOUS-MARINS
Notre nouveau terrain de jeu nous paraît malgré tout sympathique, mais difficile à cerner, car les fonds ne dépassent guère les 3 mètres, et les navigations l’œil rivé sur le sondeur ne sont pas de tout repos.

Les nombreuses cayes proches de la barrière de corail, avec quelques cocotiers, telles que Rendez-Vous Cay, Tobacco Cay, South Water Cay nous offrent des fonds sous-marins magnifiques.

Lorsque le vent est faible et souffle de l'Est, les poissons d'aquarium dansent autour  de nous, le corail grandiose est multicolore, les langoustes gesticulent sous le corail cerveau, l'eau devient transparente, les mouillages sont alors  possibles à l’abri des îlots très proche des récifs.

Tobacco Cay SouthWater Cay Rendez-vous cay

MÉTÉO - LES FRONTS FROIDS
La météo en ce début de saison nous semble bien capricieuse. Des fronts froids déboulent hebdomadairement du Nord des Etats Unis, et génèrent de forts vents de Nord. D'après les anciens, ce temps est spécifique en début de saison (soit de décembre à février) et devient plus agréable dès le mois de mars. Quant aux mois d'avril et mai, ils sont idylliques, disent-ils, avec petits vents d'Est, du soleil... et des nanas... non pardon, des poissons ! Nous aurons la chance de pouvoir constater cette amélioration à partir de mi-avril. Bien heureusement l’arrivée d’un front froid se remarque facilement en observant la rotation du vent. Le vent d’Est de l’alizé passe au Sud et au Sud-Ouest et devient nul avant le passage du front. Une barre nuageuse se dessine souvent dans le ciel et approche par le Nord-Ouest. Le vent passe subitement au Nord-Ouest en forcissant, puis Nord, la température chute : c’est presque l’hiver ! Avec en prime, orages et fortes pluies.
Un à deux jours sont malgré tout nécessaires, après le passage du front, pour rétablir le calme avec le retour du vent d’Est.

Nous sommes équipés à bord de Voyage, d’un logiciel de navigation (type Max Sea), nous permettant de tracer nos routes entre les différentes îles lors de nos premiers passages. Cela nous offre la possibilité de replis, même la nuit tombée, pour trouver refuge dans les mouillages protégés lorsque le temps se gâte. Et surtout, de ne plus se soucier dans ces moments difficiles de la hauteur d’eau sous la quille, puisque, même sans aucune visibilité, nous reprenions le même tracé.

LES ILES A MANGROVE
Le vent de Nord nous oblige à nous réfugier dans des îlots protégés, mais plus éloignés de la barrière où les cocotiers font place à la mangrove, tels que Drawed Cay, Caye Caulker, Bluefield, Blue Ground Range, Tobacco Range, Twin Cay, Sapodilla Lagoon, Placencia.

L’eau y reste très propre, mais bien moins claire, car les fonds sont tapissés d’algues et de vase. Ces mouillages sont à éviter absolument lorsqu’il n’y a pas de vent, car, à la tombée de la nuit et à l’aube, une armada de Sands flight (ou yen-yen des Antilles) vous dévorent allégrement.
Mais comme il y a toujours quelque chose de positif, là, nos nuits sont comme sur un lac, nous pouvons observer les nombreux dauphins et surtout les énormes lamantins qui broutent les fonds herbeux de ces îlots sous les vols intensifs des pélicans et les ricanements des mouettes rieuses.

RAVITAILLEMENT
La petite ville de Belize City nous accueille avec son beau marché de fruits et de légumes. Pour les approvisionnements, la ville nous offre quelques supermarchés et proposent des denrées diverses de tendance "américaine"... hum ! Heureusement les cales de Voyage sont pleines de Panama's bouffe.

Le mouillage devant la ville tout près du quai du Radisson Fort St George devient vite intenable par vent d’est mais reste fort agréable pour sa proximité avec la ville. Il permet également le ravitaillement en eau et diesel. Un beau havre de paix situé juste à l’entrée de la rivière Haulover Creek, nous a souvent protégé des forts vents de Nord. Une petite marina nommée «Cucumber marina» est située au sud de Belize City, peut aussi héberger quelques bateaux.

GUIDES DE NAVIGATION
Les guides nautiques
   - Northwest Caribbean de Nigel Calder
   - Belize and Mexico’s caribeean coast de Freya Rauscher
nous ont permis de découvrir plus facilement cet archipel. Sans oublier notre précieux logiciel de navigation.

SENTIMENTS
Après plus de 6 mois de navigation dans les îles du Belize, minuscule pays d’Amérique Centrale, nous sommes tentés de penser qu’il s’agit d’un territoire mal-aimé, d’hommes et de femmes abandonnés à leur sort par des gouvernements espagnol et britannique, peu intéressés par ses richesses naturelles.

Nous avons beaucoup manqué de contact avec les locaux car ils ne vivent pas sur les îles, ainsi qu’avec les équipages de bateaux de voyage car dans cet environnement aux allures de fin du monde, seulement quelques voiliers se risquent à naviguer. De temps à autre, quelques bateaux de passages faisaient une brève halte dans cette zone, avant de rejoindre le Guatemala ou le Mexique, mais les fenêtres météo favorables de courtes durées ne leur permettait pas de s’attarder.

De plus, les débarquements à terre, afin de se dégourdir les jambes, sont très limités, voire impossibles car impraticables sur toutes les îles à mangrove.

Nous sommes déjà presque mi-mai 2005, il est temps de mettre Voyage dans un endroit sûr, à l’abri des tempêtes tropicales et cyclones. Nous quittons sans regret ce petit archipel qui n’a rien de comparable avec notre paradis du Panama :  les îles San Blas.

D’ailleurs, la décision est prise, nous  retournerons aux îles San Blas dès la saison prochaine pour y retrouver les cocotiers, le sable blanc, les indiens Kunas, et les crabes géants.

MARS 2005 AU BELIZE : «POEME»

Le Belize…
Une brise
Exquise
Nous bise.
                                                     Dès le premier jour,
                                                     Une Carangue
                                                     Nous harangue,
                                                     Son discours
                                                     Fut très court,
                                                     Quand vint l’apéritif
                                                     Il était définitif.
Plaisir de mer
Saveur salines,
Senteurs marines,
Musique de l’air.
Le nez au vent
Bercés doucement
Dans des rêveries
Au goût d’infini.
Aujourd’hui, allez ouste !
On va chasser la langouste.
Philippe ne faisant rien a moitié
Nous en ramène une flopée:
Dix-huit à la douzaine…
Avouez, c’est une aubaine !
                                                     Les fond sous-marins magnifiques,
                                                     Ou gorgones et poissons exotiques
                                                     Rivalisent avec les coraux
                                                     A qui sera le plus beau,
                                                     Dans leur jardin caché,
                                                     Nous éclaboussent de beauté.
Au matin du lendemain
Se montre un lamantin,
Sorti de la mangrove
Qui lui sert d’alcôve.
                                                     On s’amuse à déranger
                                                     Les belles raies léopard
                                                     Rien que pour les voir voler
                                                     Suivies de leur long dard.
Il faut que l’on vous dise
Pour apprécier les côtes du Belize,
Ses cayes et toutes leurs beautés,
Malgré toutes les difficultés,
Les biquets sont parfaits !

Mac Kare (à bord de Voyage, mars 2005)

LE GUATEMALA - RIO DULCE
Cap toujours plus Sud, durant une belle journée de navigation. Voici, droit devant, un nouveau continent. Nous sommes à 11 miles de Livingston et de l'embouchure du Rio Dulce. La brume dégagée par l'humidité de la jungle ne permet pas de distinguer les détails et certainement pas l'entrée du Rio coincée entre deux montagnes de verdure.
Pendant des siècles, le Rio a déposé ses sédiments à son embouchure. Une barre ferme presque complètement son accès mais une balise métallique verte à 2 milles au large indique l'entrée du chenal. Il demeure quelque peu balisé par des piquets et ne présente aucune difficulté pour les voiliers calant moins de 2,20 mètres en pénétrant à marée haute.
Nous mouillons l’ancre devant le village de Livingston.

Carte Guatemala

FORMALITÉS - ENTRÉE EN BATEAU
Drapeau jaune et pavillon du pays hissés dans les barres de flèche, nous attendons les autorités. Quand on prend la peine de les appeler par radio à l'avance ils arrivent généralement dans l'heure. Visite sympathique et rapide des officiels qui après avoir posé quelques questions et rempli quelques formulaires repartent avec les papiers du bateau et les passeports en reprenant en choeur : «Bienvenido au Guatemala».

Le pavillon jaune peut être affalé ; la quarantaine est terminée, le capitaine peut débarquer à terre. Philippe part faire le circuit douane, banque, capitainerie et enfin immigration pour récupérer les papiers officiels.

En l’absence de route, la seule voie d’accès est maritime ou fluviale, et ainsi ce village isolé du reste du pays a pu conserver sa singularité. Dans ce pays de culture Mayas, nous sommes surpris de retrouver une ambiance caraïbe. Les Garifunas, descendants d’esclaves africains enfuis ou naufragés de la mer des caraïbes, nonchalants, esquissent des pas de danse devant les nombreux bars d’où s’échappent des flots de reggae.

Au fur et à mesure que l'on remonte cette rue animée nous découvrons les premiers Guatémaltèques. Petits de taille, le cheveu noir et raide, le visage indien caractéristique, la peau mate. Les femmes portent toutes le costume traditionnel coloré. De part et d'autre de la rue des boutiques proposent des objets hétéroclites, des indiens posent devant leurs étalages de fruits et légumes parfois à même le sol.

Remontée Rio Dulce Aigrette Casa

LA REMONTÉE DU RIO
De retour au bateau, nous changeons de mouillage en remontant le Rio quelques minutes afin de passer la nuit un peu à l’écart du village, dans un site plus tranquille. Juste avant la tombée de la nuit, le spectacle est superbe. Des milliers d'oiseaux de toutes espèces remontent eux aussi la rivière pour rejoindre l'abri de la forêt. Hérons, aigrettes, pélicans, fous, canards sauvages, tous en formation et chaque groupe volant à son altitude de croisière.

La nuit est fraîche, sans l’ombre d’un moustique ! Nous revivons !

A l’aube, le spectacle est grandiose. La brume dissimule l'orée de la forêt. Les premiers indiens descendent le courant en ramant sur leurs cayucos, sorte de pirogues creusées dans des troncs d'arbre. D'autres utilisent les «transports en commun» : des barques en bois plus grandes propulsées par des moteurs hors-bord.

De Livingston à Fronteras, le village en amont, il y a environ 30 miles. Cette remontée comporte trois parties. La plus impressionnante est la première car,  pour trouver son chemin dans cette impénétrable jungle et ces montagnes pendant des millénaires, le Rio a dû effectuer un grand nombre de détours et creuser un véritable canyon que nous découvrons avec enchantement.
A chaque virage, c’est un dépaysement. Après avoir parcouru des milliers de miles en pleine mer et n'avoir vu que des îlots plats et désertiques, quel plaisir de naviguer sur ce magnifique Rio au milieu de la forêt. L'odeur, les bruits, la fraîcheur, tout est différent. La rivière fait plus de 200 mètres de large par endroits et la hauteur des falaises couvertes de végétation nous donne le vertige.

Nous passons notre seconde nuit au creux d’un gigantesque virage, au lieu dit «El Cedro».

Journée aventure, découverte à terre dans le petit village situé a plusieurs heures de marche tout en haut de la falaise. Maisons de bois, toits de palme, sous la fraîcheur de la forêt tropicale, poules, cochons, canard se baladent en sereine liberté.

Cuisson Maman + enfant Maya jungle

Les familles d’indiens, composée de nombreux enfants nous accueillent en riant. Quelques hommes parlent l’espagnol, mais la langue parlée est le Quiché. Ils sont pêcheurs, planteurs de maïs (base de leur alimentation), et se partage la modique somme de 100 quetzals par mois (soit environ 12 euros) grâce à la vente de leur production à Livingston.

Journée Maya fort sympathique et très enrichissante. Nous observons et découvrons peu à peu ce nouveau peuple. Il nous enchante déjà !

La rivière s'élargit encore un peu plus, nous arrivons à un croisement ; c'est là que le Rio Tatin et le Rio Lampara viennent grossir le Rio Dulce. Un dernier virage à gauche et c'est l'entrée dans le lac Golfete, deuxième partie de ce voyage

A cet endroit de la rivière, bien que la végétation soit toujours aussi présente et belle, nous sommes loin de la jungle sauvage. Sur les berges, de superbes propriétés avec leur panoplie de vedettes de pêche, jets skis, bateaux de ski nautique, rappellent que tout le monde ne vit pas dans la misère au Guatemala et que quelques familles viennent en avion privé ou en hélicoptère passer le week-end dans leurs propriétés les pieds dans l'eau.

C'est maintenant que le Rio nous réserve sa plus grande surprise. Nous sommes à plus de 16 milles à l'intérieur du pays, en plein milieu d'une des jungles les plus sauvages du monde et pourtant ce sont des dizaines de mats de voiliers que nous voyons de tous côtés. Pendant la saison des cyclones une grande partie des bateaux navigant dans la partie Ouest des Caraïbes viennent trouver refuge ici. Plus de 700 voiliers baignent ainsi dans l'eau douce de juin à fin octobre et de nombreuses infrastructures et développement ont vu le jour sur le Rio Dulce en devenant maintenant un centre nautique important.

Encore une grande baie où sont ancrés une dizaine de voiliers et nous apercevons maintenant le grand pont sur lequel passe la nationale. A cet endroit, le Rio a été capricieux et a créé deux baies profondes, dans celle de la rive droite quelques voiliers au mouillage et la station-service pour bateaux. Sur l'autre rive c'est le village de Fronteras aussi nommé Rio Dulce, construit le long de la route nationale. Nous trouvons ici toutes les commodités d’un petite ville et même un superbe resto, au bord de l’eau, «la Lancha», aussi bon que chez Maman, avec même des côtes de bœuf pour Biquet, sans oublier les soirées endiablées de danse avec les équipages de bateaux, et la gentillesse inoubliable de Guy et Rita qui ont posé sac à terre et sont agréablement installés dans une maisonnette de bois en pleine nature.

Sous le pont haut de 40 mètres, après un dernier goulet d'étranglement contrôlé par les vestiges du château San Felipe, voici, le grand lac Izabal long de plus de 40 milles.

  

LE RIO DULCE AU GUATEMALA : QUELQUES INFORMATIONS PRATIQUES

GUIDE DE NAVIGATION : “Cruising guide Belize and Mexico’s Caribbean coast including Guatemala’s Rio” par Freya Rauscher edited by Julius M. Wilensky.

ENTREE DU RIO - APPROCHE DE LIVINGSTON BAY :
La bouée d’entrée dans le Rio est située : 15.50.00 N et 88.44.00 W puis cap au 225. Profondeur a marée basse: 1.70m et par grande marée la profondeur peut atteindre 2.10m.
Mouillage devant le village de Livingston pour effectuer les formalités.

DOUANES - IMMIGRATION : Mouillage devant le village de Livinsgton, pavillon jaune hissé, appeler VHF 16 « officine del puerto », les autorités viennent à bord. Les formalités d’entrée se font dans la joie et la bonne humeur. Elle sont valables 3 mois pour 33 US par personne, renouvelables. Le permis de navigation pour le bateau peut être valable jusqu'à 1 an, si on le demande, avec paiement à l’arrivée des 9 mois complémentaires. Cela est très pratique, lorsque l’on décide de laisser son bateau pendant la saison cyclonique pour rentrer en Métropole.

NAVIGATION : La navigation sur le Rio ne pose aucun problème, soit au moteur, soit sous voile avec une légère brise se levant au rythme des marées. La profondeur varie de 4 à 20 mètres d’eau. Navigable sur 35 miles environ, de nombreux mouillages sont possibles le long des berges, et devant les petits hameaux de pêcheurs.

OU LAISSER SON BATEAU : De nombreuses petites marinas se sont installées sur les berges du Rio, avant d’arriver au village de Fronteras. Le plus souvent avec mouillage avant sur bouée et arrière à quai, eau et électricité. Les tarifs varient de 90 a 170 US/mois (pour un 43 pieds) en fonction des services. Pour citer les plus connues : Lorena, Tijax, Brunos, Tortugal, Catamaran, Mango Marina. Le canal VHF de veille est le 68.

LEVAGE BATEAU : Le chantier Abel propose 3 chariots de levage sur plan incliné.

POSTE CARBURANTS : Juste avant le pont, face au village de Fronteras.

ACCASTILLAGE : Quelques services et magasin dans le village.

VOILERIE : Réparations sur voiles et confection de tauds divers. Travaux de qualité faits par Lobo sur le bateau Avenas en veille sur VHF canal 68

FACILITES : Banques, supermarché, nombreuses boutiques, cyber café et magnifique marché journalier aux légumes permettent de faire très facilement les approvisionnements du bord.

CONCLUSION : Une escale magnifique, qu’il est bien difficile de quitter.

NOS PROJETS À VENIR :
Nous laissons Voyage sur le Rio Dulce se reposer dans une Marina, et partons sac à dos (en avion) 2 mois à Cuba pour danser la Salsa !

De retour au mois d'août 2005, nous visiterons l’intérieur des terres Mayas du Guatemala et du Mexique. Puis, en novembre, nous mettons le cap... vers où ?
Vers les belles îles de la Bay du Honduras, puis vers notre petit paradis : l’archipel des îles San Blas au Panama.
Eh bien oui, nous retrouverons, de décembre 2005 à mai 2006, les cocotiers, le sable blanc, les crabes géants et les indiens Kunas.
Vous savez, les petits hommes indiens dont nous vous avons longuement parlés, dans notre précédente gazette. Vous pouvez les découvrir sur notre site dans la rubrique "récits de voyage" : gazette 14, les îles San Blas.

LE MOT DE LA FIN
Nous tenons à remercier :
- Nos lecteurs qui sont de plus en plus nombreux à nous encourager par e-mails,
- La revue Voiles et Voiliers qui publie nos cartes postales et notre site en référence,
- Les revues Loisirs Nautiques et Voile Magazine qui publient des extraits de nos gazettes,
Sans oublier Yves et Jean-Pierre qui mettent à jour notre site et Maman Biquette qui contribue à la réussite de notre grand Voyage.

Un grand merci à vous tous, et merci la vie !

A très bientôt pour la suite de nos aventures.     

Pascale et Philippe ou « les Biquets en Voyage »


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