La Gazette des Biquets N° 13

ILES DU VENEZUELA - LES ANDES (mai-novembre 2002)


LES ILES DU VENEZUELA
Dernier mouillage sur l'île de Tobago : English Man Bay située sur la côte Ouest de l'île. Là, une petite rivière serpente dans une immense cocoteraie et vient terminer sa longue route sur la plage. Cette eau cristalline nous semble propice pour nettoyer notre linge qui n'a pas trouvé de machine automatique. Donc, après-midi laverie, nous partons, sac de linge sur le dos, armés d'un coupe-coupe afin de refaire le stock de noix de coco sur le chemin du retour. Nous remontons le courant et découvrons un endroit empierré qui servira de lavoir.

Mais parlons un peu de la noix de coco. Elle est issue du cocotier, arbre miraculeux aux cent usages, mais à quoi nous sert-elle ?
Elle nous fournit de l'eau, du lait, de l'huile, de l'alcool et nous permet de fabriquer des paniers, des chapeaux et des bibelots.
Mais il faut tout d'abord monter au cocotier pour la ramasser… Dur, dur pour une première étape !

Seconde épreuve : débarrasser la noix de coco de son énorme carapace de fibres de couleur vert clair à ocre doré, pouvant servir à tresser des cordages. La noix de coco apparaît enfin recouverte d'une écorce épaisse de couleur marron en forme de coque.

La fibre était de couleur verte, la noix de coco est remplie d'eau.
Décalotter la cime de la noix avec la machette ou percer deux de ses yeux permet de boire son eau rafraîchissante et sucrée et de se remettre de la dure montée au cocotier! Elle contient à ce stade de maturité une pulpe nommée "crème de coco" qui a la consistance de gélatine et une saveur de noisette.

La fibre était de couleur ocre : la noix de coco est mûre. Le volume de son eau réduit et se solidifie devenant "chair". Croquante, elle a son goût spécifique, mais peut rappeler la noix du Brésil. Râpée dans un tissu fin on obtient en la pressant le "lait de coco". Séchée la chair devient "coprah", dont on extrait "l'huile de monoï".

De ses palmes (feuilles) tissées on fait des chapeaux quand on a oublié sa casquette... Sa coque sculptée se transforme en cendrier ou bibelot. La sève de son arbre produit le vin de Palme… dont nous avons longuement parlé avec la gazette de l'Afrique. Vous comprenez ainsi pourquoi Biquet est perché au sommet du cocotier pour ramasser ce mets de choix.

Nous levons l'ancre vers minuit pour une traversée de 12 heures afin de rallier le sud de l'île de Grenade. Après quelques jours de farniente ponctués de barbecues "langoustes" sur les plages du sud, nous décidons de quitter le sud des Grenadines pour un véritable paradis : les îles du Venezuela.

LES ILES DU VENEZUELA avec les Testigos, Margarita, Tortuga, les Aves, les Roques : tout un programme…

La côte du Venezuela baignée par la mer des Caraïbes est un lieu de navigation d'une extraordinaire beauté. Les îles des Testigos, de la Tortuga, la Blanquilla, Margarita, l'archipel des Roques et des Aves représentent une richesse de paysages inégalée avec sable blanc, eaux turquoise, mangroves. Peuplées de pélicans et de récifs coralliens, elles restent à ce jour notre destination préférée pour la richesse des paysages, leurs plages idylliques et leurs eaux émeraude très poissonneuses. Reconnues par de nombreux navigateurs "tourdumondistes" pour être l'un des plus beau site au monde, la plupart d'entre elles sont restées sauvages et authentiques.

Caressées par les alizés, les conditions de navigation sont excellentes et cyclones et tempêtes tropicales sont inexistants.

Bref, un petit paradis, véritable sanctuaire pour les langoustes et autre faune aquatique telle que capitaines, mérous, perroquets, rougets, daurades, carangues, crabes, tortues, dauphins, marsouins…Voilà le décor est planté, mais retrouvons ces îles une à une.

Los Testigos

Nous quittons le sud de Grenade vers minuit et après douze heures de traversée vent et courant portants, nous arrivons en début d'après-midi sur l'archipel de Los Testigos.
Nous mouillons l'ancre sous trois mètres d'eau devant Testigos Grande. Une île plate et longue, déserte et rocailleuse dans un anneau d'eau vert pâle, bordée de sable blanc, frangée de cocotiers. Les chèvres sauvages s'égaillent dans un déferlement de cailloux, un iguane se chauffe le ventre sur un rocher brûlant, voici notre nouveau jardin.

Nous retrouvons tous les membres de la famille de "Tchontchon", qui sont les rares habitants à demeurer sur l'île. Ils vivent en symbiose avec la nature, se nourrissent exclusivement de chasse et de pêche. Le ravitaillement en eau potable et en denrée de première nécessité est assuré par l'armée et des lanchas (barques de pêcheurs) qui viennent du continent. Cette famille offre aux bateaux de passage un accueil toujours très chaleureux, et si dans vos cales quelques boîtes de légumes verts sont là, n'hésitez pas à les sortir pour l'accompagnement des délicieuses pêches du maître des lieux "Tchontchon", il les adore. Il nous invite à la chasse à la langouste, à la palombe, au cabri et nous fait découvrir son petit paradis. Le soir, nous partageons nos repas devant sa petite case et sommes tous réunis autour du feu en chantant au son d'une vieille guitare jusqu'à la lueur de la dernière braise. Les Antilles sont à quelques encablures, et suite à la saveur du rhum, les retours en annexe vers les bateaux ne sont pas toujours tristes, et quelquefois bien humides !!!

Remis de nos soirées, nous hissons les voiles vers l'île de Margarita.

L'île de Margarita

L'île touristique des Vénézuéliens est pour nous principalement une escale technique car les commerces grouillent dans la capitale. Les magasins d'accastillages dans la baie de Porlamar nous sont bien utiles pour réparer les petites casses. La voilerie "Simon" nous permet de refaire la bande anti-UV du foc à enrouleur et les transparents plastifiés de la capote de descente. Les restaurants nous régalent avec les "Lomito" filets mignons de zébu. Super, enfin de la viande !

L'aéroport national assure de nombreuses fois par jour les liaisons entre Caracas et l'île et ceci est bien pratique pour recevoir les amis. Nous effectuons les formalités d'entrée dans le pays et les démarches administratives sont à ce jour très simplifiées grâce à l'aide de la "Marina Juan" et de son très sympathique propriétaire. E-Mail : juanbaro@hotmail.com.

Nous accueillons Luce et Michel que nous connaissons bien puisque nous avons eu la chance de les avoir à bord de Voyage il y a quelques années pour une croisière dans les îles Baléares. Bienvenue à bord de Voyage… Cap sur Tortuga où les premières langoustes géantes font la joie de l'équipage. Elles sont nombreuses car nous sommes au mois de juillet, début de saison et les voiliers ne sont pas encore sur place pour s'en régaler.

Après de brèves escales sur cette magnifique île (nous la détaillons plus bas dans cette même gazette), nous appareillons pour une navigation de nuit en direction de l'archipel des Aves situé à 30 miles dans l'Ouest des îles Roques

UN AQUARIUM NATUREL : LES ILES AVES, LES ILES ROQUES (VENEZUELA)

Les îles Aves

Après avoir doublé le phare de Barlovento, léché par des pâtés de corail, nous mouillons l'ancre par 5 mètres d'eau près de la petite plage. Pas une ride sur l'eau, nous sommes comme sur un lac. Nous remontons en annexe un bras d'eau dans la mangrove. Là, des centaines et milliers d'habitants nous accueillent… Je veux parler de nos amis les oiseaux tels que fou de bassan, cormoran, pétrel, pélican, goéland… Loin de l'image idyllique de Jonathan Livingston, les oiseaux de mer mènent une lutte quotidienne pour leur survie et leurs ballets incessants pour se nourrir nous fascinent. Nous apprenons peu à peu à les reconnaître car on aime ce que l'on connaît et l'on protège mieux ce que l'on aime, alors apprendre à les connaître, s'est aussi apprendre à les aimer.

Nous partons aussitôt en randonnée aquatique afin de voir ce qui se passe la-dessous ! Nous passons deux heures à contempler les fonds sous-marins d'une incroyable beauté où la danse des bancs de poissons nous fait perdre la notion du temps. Biquet me fait signe qu'il rentre au bateau et je crois bien savoir pourquoi ! Quelques minutes plus tard nous regagnons également le voilier afin de nous reposer un peu. Il vient de pêcher quatre magnifiques langoustes et elles sont déjà prêtes à être grillées sur le barbecue. On en salive déjà !

Cet archipel, moins fréquenté par les voiliers en raison de sa position géographique est encore vierge de toute habitation. Aucun aéroport, aucune auberge ne vient perturber ce havre de paix, le tourisme n'existe pas dans ce petit paradis et cela était déjà le cas lors de notre passage en 1992.

Nous passons une semaine dans ce décor de rêve en visitant les différents mouillages. La navigation entre les pâtés de coraux doit se faire lorsque le soleil est haut afin d'avoir une bonne visibilité et pouvoir slalomer entre les récifs.

Les repas de poissons-langoustes (ou plus variés : langoustes-poissons), régalent l'équipage et Luce et Michel sont ravis. Il faut quand même préciser que pour Biquet la chasse sous-marine est une passion, et qu'il pratique cette discipline depuis plus de 20 ans. De toute évidence cela lui paraît beaucoup plus facile qu'en Méditerranée. Les ballades aquatiques ponctuées par les excursions à terre rythment l'ambiance de la croisière. Notre "robinsonage" sur ses îles désertes émerveille Luce et Michel qui transforment leur croisière de 14 jours en 3 semaines d'un simple coup de baguette magique. Elle est pas belle la vie ?

Le séjour aux Aves s'achève et nous devons regagner les Roques contre vent et marée. Après six heures de navigation, "Voyage" se balance doucement sur son mouillage derrière une barrière de corail…

Les îles Roques

Nous voici à présent dans le parc national d'une extraordinaire beauté des îles de Los Roques (plus connues par le tourisme et donc un peu moins sauvage que Tortuga ou les Aves). Encerclé et protégé par une grande barrière de corail, caressé par les alizés, cet archipel offre d'excellentes conditions de navigation sur un plan d'eau couleur émeraude. Sable blanc, eau turquoise, récifs coralliens, nous naviguons dans un petit paradis.

     

Nous partons tous les quatre munis de masques, palmes et tubas en randonnée aquatique et Biquet mènent la danse, heu ! la nage. Nous jouons avec langoustes et tortues dans deux mètres d'eau au milieu d'arbres coralliens. Le paradis me direz-vous !!! Eh bien non, pas tout à fait. La chasse sous-marine est strictement interdite dans ce parc naturel. Voir autant de langoustes dans une eau à 30° c'est bien, mais ne pas pouvoir en faire griller une seule sur le barbecue à l'arrière du voilier en contemplant un soleil couchant, il faut bien avouer que c'est un peu frustrant. Heureusement la pêche à la ligne est tolérée et le gros moulinet chuinte très souvent… Mais rendez-vous compte, on ne choisit même pas son poisson ! Alors quoi ! Bon OK, arrêtons là, on va dire que nous sommes des enfants gâtés !

L'aéroport sur l'île de Gran Roques ramène nos aventuriers vers la capitale, Caracas qui avant de retrouver le sud de la France partent faire une escapade sur les hauteurs de Mérida dans le Nord de la Cordillère des Andes. Bye, bye Luce et Michel ! A très bientôt. C'était bien, hein bé !!!

L'île de Tortuga

Le mois suivant c'est un équipage Franco-Suisse qui vient nous rejoindre sur le continent Vénézuélien à Puerto la Cruz pour 2 semaines. Il s'agit de Maya et François accompagnés de leurs filles Christina et Nadia âgées de 14 et 12 ans. Eux aussi rêvent de larguer les amarres, mais ils souhaitent tout d'abord connaître la "vraie vie" de bateau vécue par un couple d'aventuriers navigateurs. Parmi les sites qu'ils ont visualisés sur Internet, c'est avec les Biquets qu'ils ont choisi de s'évader. Quelle bonne idée ! Ils arrivent pile-poil sur notre terrain de jeu préféré : les îles du Venezuela. Mais laissons la place aux filles avec Christina et Nadia pour nous conter le mouillage de la pointe Delagada sur l'île de Tortuga. Je cite :

Chers Biquets,
Je vous écris enfin mon premier e-mail. Que de kilomètres nous séparent ! Mais l'amitié n'a jamais compté les kilomètres. C'est pourquoi je vous aime toujours autant.
Après quelques heures de navigation dans une mer bleue/verte assez calme, nous arrivons sur notre première destination : l'île de Tortuga. La première chose que l'on voit, c'est la plage. Celle&endash;ci s'étend sur des kilomètres de sable blanc/jaune clair. Vraiment magnifique. A l'arrière, on voit de la végétation et des buissons bruns et secs. A l'extrémité gauche de cette plage, on aperçoit des cabanes de pêcheurs, ainsi que leurs barques qui attendent sagement sur une eau turquoise. A l'autre bout de la plage, on distingue de gros rochers ainsi que les carcasses de quelques bateaux échoués là il y a longtemps. Nous mouillons à proximité de la berge et passons la nuit sur place après avoir profité d'une superbe fin d'après-midi.
Le lendemain, nous avons (pour la première fois) un formidable grain noir. Cet orage est vraiment impressionnant. Le vent souffle jusqu'à 55 nœuds, c'est-à-dire 100 km/h. La pluie martèle la mer très agitée, et les voiliers au mouillage. Notre bateau tangue, je ne voudrais à aucun prix me retrouver en pleine mer par un temps pareil ! Heureusement, le grain noir disparaît aussi rapidement qu'il est venu.
Le jour suivant, nous continuons à faire ce qui nous plait : plongée avec masque, tuba et palmes pour ma sœur et moi, chasse sous-marine pour Papa et Biquet, lecture, repos puis cuisine pour Maman et Biquette… Bref, tout le monde s'amuse bien. Il faut dire que si l'on ne s'ennuie pas grâce aux Biquets qui ont toujours des idées !
Biquet nous propose, à ma sœur et à moi, de sortir le cerf-volant et de faire du jogging sur la plage. Nous acceptons, évidemment : c'est tentant. Nous prenons l'annexe et allons sur la plage. Nadia (ma sœur) s'initie au cerf-volant à 2 fils après avoir admiré les loopings géants ou serrés de Philippe. Trop beau !
Bref, laissant Nadia et son cerf-volant, Biquet et moi partons jogger sur la plage. Nous allons jusqu'aux rochers, et là, nous rencontrons Papa et Maman qui se promènent en papotant. On échange deux ou trois mots et repartons dans l'autre sens. Au bout d'un moment… plus de souffle… on s'arrête. Je dois dire que Biquet court très vite ! Il me dit que l'on a couru environ 3 km…
Le soir, nous avons rendez-vous sur la plage pour une grande bouffe à 11 personnes chez Mancho, un pêcheur super sympa, un copain à Biquet. La soirée est réussie, les pêcheurs ont attrapé une dorade de 3 kg. Chacun apporte quelque chose pour compléter le repas. Nous rigolons beaucoup quand Mancho glisse un serpent en plastique sous le nez de Biquette qui, évidemment, hurle de peur. Pauvre Biquette !
Puis on se promène sur la plage au clair de lune en chantant et en bavardant. Cette nuit clôture bien notre séjour sur l'île de Tortuga. Par la suite, nous ferons escale sur les trois autres mouillages de cette perle couleur émeraude, avec des noms enchanteurs tels que Herradura, Los Palanquinos ou la Borratcha.
Voilà, j'ai fini ! Je t'envoie d'énormes bisous en espérant te revoir bientôt !
Mon cher Biquet : ne sois pas jaloux. Si tu penses que j'allais t'oublier ! Je pense très souvent à toi… Je t'aime très fort et t'envoie plein de petits bisous. Vous me manquez énormément… Peut-être à l'année prochaine (!!?!?!) ENORMES ZIBOUS, BISOUS, POUTOUS !!! Aux 2 Biquets et à Voyage.
Bon vent !!
                               Christina et Nadia

C'est sur l'île de Margarita que nous nous quittons en rêvant ensemble à une future croisière sur les îles San Blas où nous séjournerons à partir de décembre 2003.
En attendant, l'heure de la séparation est bien présente… et Maya prend la plume pour noter ses impressions.

Eté 2002, vacances exceptionnelles avec les Biquets.

Montres, portables et soucis posés, nous avons passé de vraies vacances sur "Voyage", un beau voilier propre en ordre "label suisse". Et quelles vacances ! Soleil brûlant, lune et étoiles tombant majestueusement à l'horizon dans une mer noire, grise, verte, bleue ou turquoise, lisse ou ondulée. Voiles ployées ou lutte au moteur nous portant vers des mouillages sauvages et divers. Puis au programme : baignades, pêche, cueillette de crustacés, lecture, siestes et bons repas.

Et aussi, des moments de calme ou de convivialité, de riches partages de rêves et de réalités avec Pascale et Philippe - les Biquets - et d'autres gens du voyage à la voile autour du soleil. Nous nous sommes vraiment reposés et avons appris une foule de choses sur le voyage et la vie à bord nous permettant peut-être aussi un jour de larguer nos amarres.

MERCI aux Biquets pour leur chaleureux accueil !
Nous leur souhaitons une mer clémente et un très bon vent porteur pour les années à venir.

                                              Maya

TROIS MOIS SAC AU DOS AU VENEZUELA

Nous sommes à la fin du mois d'août. Nous laissons Voyage se reposer au sec pour une durée de 3 mois dans un chantier près du village de Catchacare situé au sud-ouest de l'île de Margarita. Nous partons pour de nouvelles aventures : la découverte du Venezuela. Cette fois c'est par la terre que nous rencontrerons ses habitants si chaleureux. Equipés chacun d'un sac à dos de 10 kg, nous prenons le ferry en direction du continent et Viva l'Aventura !!!

Nous roulons très vite… un peu trop vite à notre goût d'ailleurs… bonjour la trouille avec un chauffeur de taxi qui roule la pédale au plancher… Nous sommes cramponnés comme des poulpes au fond du siège… Jusqu'à Maracay. Puis un splendide autobus rescapé de la dernière guerre, décoré de mille artifices nous transporte à fond les ballons dans une ambiance surchauffée par la puissante sono. Nous dévalons la montagne abrupte pour découvrir enfin le magnifique petit village de Choroni. Toutes les fins de semaine dans ce village de pêcheurs, un vent de folie endiable la foule au son des tambours africains jusqu'au lever du soleil. On se croirait au Sénégal et l'on se demande bien pourquoi nous avons choisi ce bien sympathique hôtel car nous ne rentrons pas de la nuit, endiablés par les danses africaines.

Remis de notre week-end danse, nous poursuivons notre périple par les petites routes désertes que nous trouvons sur la carte routière. Cette fois, plus de frayeurs inutiles, nous décidons de progresser à pied. On a le temps non ? Nous traversons ainsi la partie nord-ouest du Venezuela de Coro à Jajo. Le soir venu nous trouvons refuge dans de petites posadas (auberges) ou dans des chambres d'hôtes (improvisées) chez l'habitant. Dans tous les cas nous avons hamacs et couvertures de survie… au cas où !

A Jajo, nous avons la joie de rencontrer Manuel et Graciela et savourer leur délicieuse cuisine dans l'auberge El Arbolon. Nous découvrons l'agriculture locale avec Marco et Shelby qui nous mitonnerons un repas gargantuesque italo/américain clôturant ce merveilleux souvenir de notre passage dans le magnifique petit village de Jajo.

Les Andes

Nous gravissons le col de Pico del Aguilla à 4700 mètres. Nous ressemblons à des stalactites… qui ont le rhume. Nous parvenons enfin après plus d'un mois de marche dans la ville de Mérida. Nous retrouvons avec joie la posada El Floridita (calle 25 n° 8-44 Diagonal al Seminario près du téléphérique) chez qui nous sommes toujours très bien logés et accueillis par leurs propriétaires cubains. Mérida devient pendant plus d'un mois notre camp de base, notre PC course. En effet, nous y trouvons tous les avantages d'une ville jeune, belle, sympathique dont le secteur tertiaire (université et tourisme) constitue la principale ressource économique. Nous y trouvons la fraîcheur (nous sommes à 1640 mètres d'altitude), le confort, les laveries, les bons restaurants, les cyber-cafés, les soirées… bref les Biquets se ressourcent. Tous les 10 jours environ, nous descendons de la montagne… à cheval… non, à pied pour refaire le plein d'énergie.

    

Nous gravissons avec peine les 17 km de montée pour rejoindre le village d'El Morro. Mais quelle joie à notre arrivée de retrouver la posada d'Henri et Julia où nous avions séjourné plus d'une semaine en 1998 avec un arrêt forcé pour Biquet : son genou s'en était allé ! Nous poursuivons notre ascension vers le magnifique village de Los Nevados situé à 2500 mètres d'altitude et trouvons refuge dans la posada Florienca au sommet du pueblo. Nous surplombons toute la vallée, c'est grandiose. Nous sommes entourés de massives montagnes, mystérieuses, majestueuses : les Andes. Elles gardent jalousement en leur sein des légendes et un peuple discret, humble et travailleur. Les enfants aux joues rouges vous dévisagent avec leurs grands yeux noirs. La sagesse et les traditions sont présentes partout autour de nous. Maria, de la posada Floriencia, nous remet rapidement sur pieds avec ses succulents repas "Arepas".

Nous embarquons pour la suite de notre périple Alain et Laurence en vacances dans la région qui recherchent eux aussi des expériences authentiques.

Retour à dos de mules par le col du Pico Bolivar sur le sentier qui rejoint à plus de 4200 mètres l'Alto de la Crux puis la station du téléphérique Loma Redonda. Nous avons les fessiers tannés comme des babouins… Nous poursuivons à pied et les derniers mètres à gravir se font à quatre pattes… Imaginez le dénivelé… Le panorama est grandiose face au Pico Bolivar qui culmine à 5000 mètres. Mais la descente est raide. Plus de 5 heures de marche viendront à bout de nos genoux pour trouver refuge chez Pedro à 3740 mètres… Vous avez dit "authentique" ? Nous y sommes !!!

Il fait un froid de canard… le feu crépite dans la cheminée. Malgré sa longue barbe touffue et son aspect bourru, Pedro fini par se laisser aller à de grands éclats de rires et nous prépare une bonne soupe "cale-tout". Nous avons droit aux interminables parties de dominos. Il faut en profiter lorsque l'on a de la visite dit-il ! Il n'a pas vu d'âme depuis plus de 2 mois. La pièce voisine, c'est le frigo, et aussi notre dortoir. Biquette vide entièrement son sac à dos et se met des couches et des couches de vêtements sans oublier le bonnet de Laurence… pour tenter de s'endormir.

Au petit matin, l'eau a gelé dans le tuyau… Cherchez l'erreur pour la toilette. Cela n'est pas grave, il faut attendre que ça dégèle… Et si l'on faisait une partie de dominos ? Allez, bye-bye Pedro et encore merci pour ton chaleureux accueil.

Nous poursuivons nos randonnées en montagne par tous les sentiers des Pueblo del Sud. De longues marches, ponctuées par de longues haltes dans des villages fantastiques tels que Acequias, San Rosé et la posada de Martin avec ses cabanes en bois au bord de la rivière. Record battu pour Biquet qui trouve toujours une petite place dans son sac à dos pour un mini-équipement de pêche : un roseau, du crin, un plomb, un hameçon, et 13 truites au repas du soir. Nous traversons Mucutuy, Mucutchie, Canagua, el Rio, Mesa de Quintero, Guaranque, Tovar, Zéa, et San Domingo avec Carlos le pêcheur de truites dans la Laguna Victoria. Que de moments inoubliables, de sites grandioses, d'histoires à vous conter, de personnages chaleureux nous avons rencontrés.

Los Llanos

Cap toujours plus Sud, nous voici à présent dans les plus vastes étendues de savane du Nord de l'Amérique. Nous sommes dans les Llanos (les plaines en Espagnol). Elles doivent leurs existences à l'accumulation de sédiments que les rivières arrachent aux chaînes montagneuses et qui se sont accumulées en couches successives jusqu'à former un relief de surfaces planes, interrompues seulement par l'enchevêtrement de rivières aux cours lent et changeant. Cette région, sorte de mélange de Far-west Américain et Brésilien offre du vrai folklore et surtout une faune à couper le souffle.

Les cavaliers rassemblent à grand galop les troupeaux de zébus, les ibis rouges s'envolent sur leurs passages, les caïmans à lunettes, appelés Baba (pas si cool que cela) se dorent sur la vase sèche. L'anaconda attend, il se nourrit de veaux et de caïmans…

        

L'Amazonas. Un état pour aventuriers et amoureux de la nature !

Et si nous allions voir les Indiens ? Terre d'indiens appartenant à une quinzaine d'ethnies différentes, l'Amazonas se caractérise par une épaisse jungle impénétrable (surtout pendant la saison des pluies)… que les Biquets ont tenté de pénétrer !!! Rio Orinoco, fleuve mythique, nous y sommes, des milliers de mètres cubes d'eau boueuse qui serpentent en un large Rio. A Puerto Carreno, nous traversons l'Orénoque à l'aide d'une barge pour atteindre les petites localités qui longent le fleuve. Voici Puerto Ayacucho, nous sommes à la frontière de la Colombie et les contrôles d'identité sont fréquents. Il fait une chaleur torride, un véritable sauna.

      Photos : http://www.horizo.com/venezuela/index.htm

Nous poursuivons jusqu'à Samariapo et là, place à la pirogue, et l'aventure commence… Nous sommes terriblement attaqués par les Sancudos… Non il ne s'agit pas d'une tribu d'indiens, mais d'une espèce de grand moustique dont même les indigènes ont peur !!! Je doute qu'il existe un endroit sur terre où les hommes éprouvent les mêmes tortures qu'ici pendant la saison des pluies. Repli immédiat des Biquets, nous sommes complètement bouffés !!!

Coup de chance, sur le retour, nous croisons notre premier Indien. Petit de taille, les cheveux noirs, le visage carré, la peau enduite d'une matière de couleur terre, il porte un régime de bananes. Mais que fait-il ? Le voilà qui enfourche un VTT… amortisseurs avant, amortisseurs arrière. Ha, non je vous le dis… on n'arrête plus le progrès ! Et tout fout le camp !!!

Nous venons de séjourner 6 mois au Venezuela et tenons à préciser que malgré les événements politiques touchant le pays cette année et le président Hugo Chavez, nous n'avons à aucun moment ressenti d'insécurité dans le pays, mais par contre un accueil exceptionnel et une convivialité que nous devrions tous imiter.

RETOUR VERS LES GRENADINES

Nous sommes fin novembre 2002. De retour sur Margarita, nous carénons Voyage. Après quelques jours de farniente, nous quittons le Venezuela que nous retrouverons une dernière fois pour l'été 2003 avant notre départ pour la Colombie, Carthagène et les San Blas. Cap à l'Est en direction des Antilles. Contre vent et courant, Voyage taille courageusement sa route. Voiles et moteur à l'appui, la remontée est difficile. Après 24 heures de traversée, nous retrouvons enfin le calme du mouillage à Grenade.

Pour les fêtes de fin d'année, nous accueillons pour la seconde fois Michelle et Vincent accompagnés de leurs deux filles Karen et Lucille pour une croisière dans les îles Grenadines. Et jamais deux sans trois, puisqu'ils reviennent l'an prochain à la même période pour une nouvelle croisière voile aux îles San Blas, cette fois-ci, où nous séjournerons à partir de décembre 2003.

Découvrez cette destination hors des sentiers battus sur notre site : Embarquez sur le bateau des Biquets

Les Grenadines étant largement décrites lors de nos précédentes gazettes, nous nous contenterons juste de vous faire partager un poème sur Voyage écrit par Karen lors de son séjour à bord :

Voyage

C'est un hôtel comme une maison,
Un terrain de jeu ou une salle de gym
Un bon restaurant où l'on mange du poisson
Un endroit reposant dans un décor sublime

C'est un vagabond, jamais à la même place
Il aime les découvertes et l'aventure
Il est courageux, brave et perspicace
Plein de souvenirs et de blessures

Un beau bateau filant sur l'onde
Déployant ses ailes pour s'envoler
Tel un oiseau voulant s'échapper
Vers de nouveau monde

Il emporte avec lui deux passagers
Des amis de la mer toujours prêts à l'aider
Ces deux baroudeurs que l'on appelle
Les biquets.

KAREN (14 ans)

Pour terminer cette longue gazette, nous tenons à remercier :
  - Nos lecteurs qui sont de plus en plus nombreux à nous encourager par e-mail,
  - La revue Voiles et Voiliers qui a cité notre site en référence "Naviguez utile, Faire rêver"
  - Les 2 revues Loisirs Nautiques et Voile Magazine qui publient des extraits de nos gazettes.
   Sans oublier Yves et Jean-Pierre qui mettent à jour notre site et Maman Biquette qui contribue à la réussite de notre grand voyage.
Un grand merci à vous tous.

Pascale et Philippe ou "les Biquets en Voyage"

A SUIVRE ...


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