La Gazette des Biquets N° 12

LES ANTILLES (janvier-mai 2002)


Les Antilles

- Ah ! Vous verrez, ce n'est plus comme il y a 20 ans !!!
- C'est certainement pourri par le tourisme, et les poissons ne doivent plus être aussi abondants.
Voilà ce que nous prédisaient, très aimablement, nos chers amis navigateurs en escale en Afrique en apprenant que nous partions pour les Antilles. Et de surenchérir :
- Nous sommes bien loin des destinations hors des sentiers battus...

Eh bien, qu'ils se rassurent. Bon d'accord, c'est vrai qu'il y a du monde, et ce n'est d'ailleurs pas pour rien. Les Antilles ont toujours de quoi vous en mettre plein la vue. Il faut vraiment jouer les difficiles pour ne pas se laisser séduire par la magie de l'archipel Antillais et principalement par les Grenadines (au sud de l'île de Béquia). Ces îles sont largement moins colonisées par les dérives d'un certain tourisme de masse que nous constatons en Martinique et en Guadeloupe. L'archipel des îles Grenadines est comparable, en superficie, à celui des îles Vierges, 400 milles plus au Nord. Mais à l'inverse de ces dernières, il a su conserver une grande partie de sa saveur originale et ne pas sombrer dans une Américanisation à outrance. A cela une bonne raison : les îles Grenadines sont totalement indépendantes et sont plus ou moins divisées en deux parties. Les plus au Nord étant sous la tutelle de Saint Vincent, les autres, plus au Sud, de Grenade.

Voilà pourquoi nous avons plaisir à redécouvrir pour la troisième fois le Sud du croissant Antillais en abordant la Martinique pour nous y reposer après notre traversée de l'Atlantique. Située à 7000 km de la métropole, elle est avant tout créole avant d'être Française. Nous nous y sentons un peu chez nous et tout à fait ailleurs. Le parler y a une sonorité particulière, tout en rondeur. Le temps se prend sans brusquerie, au rythme nonchalant d'une ondulation des hanches, sous un soleil omniprésent et généreux toute l'année. Ile aux fleurs par excellence, nous sommes plutôt attirés pour l'instant par des senteurs bien de chez nous : saucisson, camembert et salade verte au chèvre chaud. De plus, les préparatifs des fêtes de fin d'année battent leur plein, ce qui nous permet de retrouver nos amis navigateurs en quête, comme nous, de bonne "bouffe". Nous sommes de nombreux pavillons Français venus nous ressourcer à coup de bloc de foie gras ou de bûches glacées. Nous retrouvons tous les équipages avec qui nous avons partagé la traversée et fêtons la soirée de Noël au son de la biguine. Une fois rassasiés et reposés, nous partons plonger, non pas à l'eau, mais plutôt plein Sud pour regagner les Grenadines.

Nous sommes dans le canal séparant la Martinique et Sainte Lucie. Soudain, le chant du moulinet se fait entendre, 100 mètres, 200 mètres de fil partent en un éclair. Le déroulement rapide du crin ne nous annonce pas une sardine !!! La canne en fibre de verre complètement voûtée menace de céder. Nous affalons les voiles et nous déhalons doucement au moteur Au loin dans le sillage de Voyage, une énorme prise s'élève majestueusement pour retomber dans une gerbe d'eau. Devinez quoi ? Nous apercevons la bête, un Marlin de 2 mètres. Record battu pour les Biquets : la plus belle prise de tous les temps. C'est l'euphorie à bord de Voyage. Michèle, Vincent, Karen et Lucile sont comblés, nous hissons avec difficultés la bête sur la jupe arrière. Espadon frais à tous les repas et à long terme car nous ferons aussi beaucoup de conserves.

Nous effleurons au passage Sainte Lucie et la baie "carte postale" de Marigot avec la fameuse Pina-Colada de JJ... n'est-ce pas Odile !!! (hommage à l'équipage entièrement féminin de Bretagne). A quelques heures de vent portant, voici la montagneuse et verdoyante île de Saint Vincent. Nous mouillons l'ancre devant le petit village de Wallalibu où il est possible à présent de faire les formalités d'entrée. La baignade vivifiante en eau douce à la cascade toute proche nous ravit. Les balades à pied séduisent l'équipage, Amaury semble même vouloir s'y perdre !!! Au grand étonnement de Jacky…

Les Grenadines

Séparée de Saint Vincent par un canal d'environ 7 miles, Béquia nous ouvre la porte des Grenadines. Cet archipel, d'où jaillissent un chapelet d'îles et d'îlots sublimes, s'étend sur 40 miles environ, et égrène ses trésors comme les perles d'un collier somptueux entre Moustique et Carriacou. De quoi ravir les équipages les plus exigeants !

A Béquia, nous jetons l'ancre dans Admiralty Bay, à Port Elisabeth, charmante bourgade aux couleurs chatoyantes. Ici la quiétude du lieu se mélange avec une incroyable douceur de vivre, animée le soir venu par la musique des Caraïbes : les steel-bands. Nous partons nous dégourdir les jambes vers la magnifique plage cocotiers de la côte au vent : Hope bay. Baignade "roulée, salée" dans les magnifiques vagues de l'Atlantique.

A quelques encablures, Petit Nevis, autrefois centre actif de pêche à la baleine est aujourd'hui désert, mais des vestiges subsistent. Coutume oblige, les marins armés de harpons partent sur leurs barques les chasser. Bien heureusement une seule fois par an !!! Mais une fois de trop ! Nous avons eu la chance de rencontrer le skipper du bateau Delphinia, responsable du projet "ocean observatory" pour l'observation et la défense des baleines et des dauphins : www.delphinia.org

Nous jetons l'ancre sous le vent de l'île de Canouan, dans la minuscule anse Cuyac, où poissons et langoustes ont investi les lieux. Voici le cœur des Grenadines, nous sommes à Mayereau. Environ 200 personnes vivent sur l'île, dominée par l'église, édifiée par un Père Dominicain Français. Du haut du promontoire, nous distinguons les célèbres Tobago Cays. Nous en avons le souffle coupé, non pas par le raidillon qui nous conduit au sommet mais par le fabuleux spectacle qui s'étale à nos pieds. La nature étale majestueusement toute sa palette de bleus.

Sous l'influence constante des Alizés de Nord-Est, les abris se trouvent le plus souvent aux côtes sous le vent. A l'exception des mouillages mythiques protégés par la barrière de corail, comme Baradal dans les Tobago Cays ou le plus sauvage récif de la fin du monde : Petit Tabac. Plongées à gogo sur le corail-cerveau, gorgones de Vénus et poissons perroquet. Une vie sous-marine à vous couper le souffle. Donatien s'en donne à cœur joie et Marie-Béatrice en oublie de respirer par le tuba !!!

Nous avons la joie de retrouver notre ami rasta : Lastan que nous avions connus lors de notre premier passage en 1992. Nous partageons de nombreuses soirées avec lui en se replongeant dans la civilisation d'Union et ses requins... pas tous dormeurs !Il faut dire que l'île possède un aéroport, une banque, un hôpital, de nombreux commerces et des soirées rasta-man aux sons des steel-bands. Il fait en moyenne 26 degrés, et nous rentrons dans l'eau avec délice sans aucune hésitation, reste à choisir sa plage et elles sont nombreuses sur ces îlots ensoleillés distants de quelques miles. Les célèbres images des plages "cartes postales" sont là. Frangées de cocotiers aux palmes dansantes, bordées de sable blanc, léchées par une eau aux délicats dégradés de turquoise. Le plaisir de la voile se marie avec celui des yeux et des massages de notre kiné Christian sous l'œil amusé de Marie-Laure. Mais il reste tant d'escales à découvrir avec Palm Island, Prune, Petit St Vincent. Sans parler des petits bijoux anonymes qui scintillent le long de notre route. Les noms sucrés des grenadines ne semblent jamais vouloir s'arrêter, comme le sillage de notre "Voyage".

L'île de Tobago

Nous sommes fin avril 2002. Cap au 154°. Un léger vent de Nord à Nord-Est nous permet, sur un même bord et en moins de 20 heures, de retrouver la magnifique île hors des sentiers battus : Tobago. Nous avions découvert cette perle en 1998, en remontant du Brésil et nous nous étions promis d'y revenir un jour pour y passer au moins un mois. Chose promise, chose due, nous mouillons l'ancre au Nord de l'île, dans la baie des pirates. Nous sommes au pied du village de Charlotteville, charmante petite bourgade, où il est possible à présent de faire les formalités d'entrée dans le pays. Cette île est un enchantement : mouillages de rêve avec de longues plages de sable blond, des cocotiers, des sources d'eau douce, une végétation tropicale. Biquette saute dans l'annexe pour rejoindre la source sur la plage. Soudain une vague vicieuse soulève la frêle embarcation et retourne majestueusement le tout. Le moteur hors-bord patauge dans les vagues de sable, les tongs partent avec le courant. Biquette hurle et tente désespérément de récupérer tout ce petit monde !!! Le moteur ne veut plus rien savoir. Désossement complet de la bête, rinçage du carburateur, chemise et piston sans oublier l'embiellage car tous les grains de sable de la plage sont sûrement passés par l'échappement. La machine n'a plus de secret pour le capitaine. Heureusement, Christophe du bateau Kaüri nous vient en aide. Après 2 jours de galère, le doux bruit de pétarade se fait de nouveau entendre. Ouf, le moteur revient de loin !

Au fait, parlons un peu de Christophe et de sa petite famille. Rencontrés au fil des escales dans les Tobago Cays, il y a plus d'un mois, nous sympathisons avec le couple Catherine et Christophe et leurs deux enfants Tui et Téo. Ils naviguent sur un Endurance 45 en ferrociment de couleur verte, répondant au nom de "Kaüri". Christophe part à l'aventure à l'age de 22 ans sur son premier voilier et réalise avec ses deux petites filles, un tour du monde en 13 ans. Il croise au détour d'une île de Grèce, les yeux bleu lagon de Catherine et regagne la France pour agrandir la petite famille avec Téo et Tui. Aujourd'hui, forts de leurs expériences, à 40 ans à peine, ils repartent pour un deuxième tour du monde avec leur nouveau bateau Kaüri et leurs deux petits moussaillons de 7 ans et 3 ans, déjà bien dégourdis. Nous passons d'agréables moments à écouter leurs aventures dans les îles du pacifique Sud, et à savourer les recettes culinaires Tahitiennes extraordinaires.

Le moteur réparé, le calme retrouvé, nous pouvons de nouveau admirer les montagnes qui se détachent du paysage. Les petits sentiers qui serpentent le long de la côte nous invitent à la balade. Le vert des énormes feuilles de caoutchouc et le rouge des hibiscus et des balisiers se mélangent comme sur une palette de peinture. En prime, des manguiers sauvages, des papayers, des goyaviers, des citronniers régalent nos papilles et les cueillettes vont bon train. La faune est aussi très impressionnante avec des envols de perroquets aux couleurs chatoyantes. Sous l'eau, un véritable aquarium s'offre à nous avec des fonds magnifiques. Corail, poissons multicolores, langoustes et tortues se disputent les lieux. Nous profitons du mouillage tranquille de Charlotteville où nous laissons Voyage, pour partir découvrir sac à dos, l'intérieur de l'île avec l'équipage du Kaüri. La faune et la flore sont bien au rendez-vous mais nous nous serions bien passé des moustiques, serpents bigarrés, araignées et autres bestioles peu sympathiques qui batifolent parmi la dense végétation. Heureusement, nos expériences en forêt de Guyane Française nous ont laissées quelques leçons. Nos hamacs sont munis de moustiquaires intégrées et nous achetons un coupe-coupe pour l'occasion. Après quelques jours d'aventure, nous regagnons le bord afin de se reposer un peu et préparer un nouvel itinéraire. Et hop ! C'est reparti, au moins, le toit ne risque…pardon, le mât ne risque pas de nous tomber sur la tête. Quand notre emploi du temps n'est pas trop surchargé (non ne riez pas !!!) Nous sommes complètement surbookés (pourquoi riez-vous ? C'est le nouveau terme approprié non ?) Nous passons la fin de journée à flâner dans le village et sympathisons avec Winston, un pêcheur local. Sa spécialité est la pêche au thon. Il est 5 heures du matin, Philippe et Christophe accompagnent Winston. Un moteur hors-bord de 50 CV pousse la barque à vive allure dans les vagues de la côte au vent. Sur les flancs, deux grandes perches en bambou traînent les lignes. La frêle embarcation noyée sous l'écume se dresse à la verticale sur chaque vague puis retombe de tout son poids sur la vague suivante. Résultat des courses : 10 thons sont remontés à bord, nos pêcheurs sont trempés et Philippe rentre la tête en biais, le cou complètement coincé !!! Barbecue pour tous sur la plage et massage thérapeutique pour le Biquet. Malgré l'abandon forcé de Philippe, nous faisons régulièrement des barbecues de thon frais sur la plage, pêchés par Christophe et Winston.

Des nouvelles de nos amis navigateurs Fernand et Jacqueline : les nombreux cybercafés Internet installés sur les îles nous permettent de rester en contact quasi-permanent avec tous nos amis. Nous avons la joie d'apprendre que Fernand et Jacqueline du bateau Embrun (qui avait sombré dans le port de Mindelo (gazette 11) sont bien arrivés en Martinique après une traversée de l'Atlantique sans problème. Rendez-vous à la fin de l'été au Venezuela pour fêter les retrouvailles.

Nous sommes déjà fin mai 2002, il est temps de quitter ce paradis pour un nouveau continent, car la saison des cyclones approche ! Cap vers l'Ouest, Voyage ! En route pour de nouvelles aventures… les îles du Venezuela.

Et n'oubliez pas, rendez-vous dans quelques mois…

A SUIVRE ...


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