La Gazette des Biquets N° 11

LE CHEMIN DE SAINT JACQUES DE COMPOSTELLE

L'ARCHIPEL DU CAP-VERT

LA TRAVERSÉE DE L'ATLANTIQUE


TERRIENS POUR QUELQUES MOIS AVANT LA PROCHAINE TRANSAT

Juin 2001. Solidement amarré à un corps mort, nous abandonnons "Voyage" devant le village de Ndangane, situé dans un petit belon du fleuve Saloum. Nous le laissons en toute sécurité, sous la vigilance du campement de Monsieur Kurt, avec tout de même un gros pincement au cœur… Nous le quittons pour plus de 4 mois.

Débarquement en pirogue, longues heures en taxi, voici Dakar et son aéroport.

Un Airbus 747 nous permet de regagner la ville rose…

Toulouse... Nous sommes mi-juin et la température est de 20 degrés. Breuu !!! Un peu frais pour les Biquets, nous avions encore presque le double il y a quelques heures.

Nous débutons dès la première semaine, notre préparation physique en vue de notre future traversée de l'Atlantique. Dans un magasin de cycles nous achetons un premier vélo d'occasion de style VTT que nous équipons d'un porte-bagages pouvant supporter de lourdes sacoches. Pour le deuxième, c'est Papa Biquette qui le prête. Sympa non ? Un VTT pratiquement neuf, un cadeau de départ en retraite, mais bonjour le rodage à venir !!!.

Une semaine plus tard, nous voici en selle sur nos VTT alourdis de grosses sacoches. De vraies motos à pédales pesant près de 40 kilos (39 kg exactement pesés le jour du départ). La maniabilité de nos engins laisse à désirer mais avec un peu de pratique, cela devrait aller.

LE CHEMIN DE SAINT JACQUES DE COMPOSTELLE EN VTT AU DÉPART DE TOULOUSE

Eh bien oui, ce superbe chemin millénaire, nommé "el Camino Francès" où le bitume est rarement utilisé nous fait douter de nos capacités dès les premiers jours. Nous traversons le département du Gers (très vallonné) par de petits chemins de terre le long des champs de labours. Cela devient impossible, nous descendons de vélo trop souvent, nous sommes trop chargés et nos fesses sont désormais tannées comme des culs de babouins. C'est au détour d'un champs de blé que nous plantons notre tente. Chut ! Il est à peine 18 heures, les Biquets sont déjà dans les bras de Morphée.

Après une bonne nuit de repos, nous confirmons le désir de continuer vers l'ouest pour arriver sur les contreforts des Pyrénées. Les mollets moins douloureux, c'est la fleur au fusil que nous gravissons le col du Somport. Ouf, enfin presque !!!

Une chose est sûre, le moral est au beau fixe, pourtant il pleut des cordes. Le passage en Espagne nous garantit des jours plus cools, nous dévalons d'interminables descentes. Nous rencontrons les premiers pèlerins avec qui nous lions rapidement amitié. Signe particulier : une coquille St Jacques décore leur sac à dos. Ils sont généralement à pied, plus rarement en VTT et exceptionnellement à cheval. Beaucoup de nationalités différentes sont représentées et les contacts forts sympathiques.

Le soir, nous partageons nos repas dans les "Albergues de Pelegrinos". Il s'agit d'anciennes écoles, mairies, presbytères ou, plus grandiose encore, de magnifiques monastères restaurés et entretenus par des bénévoles de l'association des amis de St Jacques...

Ces havres de repos et de paix sont mis à la disposition des pèlerins pour une symbolique participation financière sur présentation tout de même du fameux "Crédencial" (laissez-passer personnel justifiant par ses tampons de la longue route parcourue.)

Parmi les nombreuses rencontres que nous ne pouvons pas toutes vous présenter, nous tenons à citer Bruno, frère Dominicain de Toulouse qui par sa sympathie, sa bonté, sa générosité et sa joie de vivre nous a fait partager des moments inoubliables.
     -Tous les matins nous prenons le chemin,
     -Tous les matins nous allons plus loin,
     - Jour après jour la route nous appelle,
     - C'est le chemin de Compostelle ! Ultreia !

Après Burgos et Logroño, une halte d'exception nous paraît obligatoire, nous apprenons que les fêtes de Pampelune battent leur plein et hop ; une petite entorse à notre pèlerinage !

Après deux jours de folies, nous reprenons le chemin et les difficultés se succèdent, nous obligeant trop souvent à nous délester de nos lourdes sacoches afin de franchir les passages les plus difficiles. L'épreuve terminée nous retournons chercher nos fardeaux laissés sur le bas-côté. Celles-ci re-fixées, nous poursuivons !

Parfois les pèlerins nous aident en portant en plus de leur sac, nos sacoches et vélo sur le dos !!! Quelle solidarité, quel partage !

Les kilomètres défilent au compteur nous permettant de visiter des sites grandioses tels que Léon, Ponferrada, Cebreiro et bien d'autres magnifiques villages blanchis par le soleil, pour finir enfin à ... Santiago de Compostelle.

Nous avons 1.300 kilomètres dans les mollets, et un mois jour pour jour s'est écoulé depuis notre départ. Un peu de repos s'impose, puis une visite de la ville et de sa superbe cathédrale agréablement commentée par notre ami Bruno, clôture ce magnifique périple.

Voici venu le temps des "au revoir", et des longues embrassades qui ponctuent la fin de cette extraordinaire aventure pleine de beauté, de joie, de souffrance, de croyance, de solidarité et de vérité.

EL CAMINO DEL NORTE

Les jambes bien rodées, nous décidons de faire le chemin du retour par la côte nord de l'Espagne, afin de retrouver quelques paysages marins. Le parcours est plus facile car nous sommes à présent sur des routes secondaires ombragées et la chaleur se fait bien moins ressentir. Rapidement, le pays basque nous accueille avec son relief perturbé nous faisant suer à grosses gouttes.

C'est au bout de notre 7e semaine et 2.200 kilomètres au compteur que nous retrouvons la France avec Biarritz où Martine (une amie bateau) nous accueille chez elle pour quelques jours.

Nous poursuivons en traversant les Landes par les pistes cyclables. Là, les dénivelés sont inexistants. C'est superbe, c'est facile, cela va vite, et nous sommes à l'ombre !!!

A la Pointe de Grave, le bac nous invite à traverser la Gironde pour accéder à Royan et rendre visite à René et Denise du catamaran Corail (nord du Brésil en 98).

Une semaine plus tard, nous repartons en selle et pour cause, c'est le Grand Pavois de la Rochelle où de superbes bateaux sont en exposition. Nous sommes bientôt mi-septembre et le retour sur Toulouse commence à se dessiner. Nous tirons des bords parmi les routes des châteaux du Médoc et croyez-moi, les bonnes bouteilles ne font pas bon ménage avec les performances en vélo ! Telle notre rencontre avec ce maître de chai travaillant dans un château au nom bien connu, avec qui nous avons partagé sa passion pour le bon vin. Et même si les deux jours qui ont suivi ont été laborieux… Nous tenons à remercier Pascal de Pauillac qui nous a gentiment hébergé dans sa belle demeure et permis d'encourager les participants du marathon du Médoc... Nous finissons par le département de la Dordogne pour regagner enfin notre ville rose Toulouse.

Quelques chiffres :
  3.460 kilomètres en 78 jours,
  2 jeux de pneus avec 48 crevaisons au total,
  2 câbles de freins cassés,
  3 rayons sectionnés,
  1 dérailleur et une pédale ont rendu l'âme,
  3 tubes de crème adoucissante pour restaurer nos fesses pelées,
  2 kilos de moins sur la balance et deux kilos de plus pour le tour de mollet.

CATASTROPHE A TOULOUSE

Nous sommes hébergés chez Maman Biquette, quand la terrible explosion de l'usine AZF détruit plusieurs quartiers de la ville rose. Toulouse est endeuillé, on compte plusieurs centaines de blessés, des milliers de personnes sans abris, l'ambiance est à la psychose car il y a une semaine seulement c'était l'atroce attentat aux États-Unis !!! Pourquoi tant de violence quand les hommes savent être si bons ?

RETOUR SUR DAKAR

Nous sommes début octobre et les prémices de l'hiver se font sentir, il est temps de regagner notre bord. Un vol Toulouse-Dakar, 5 heures de taxi, une nuit dans un campement, suivie d'une navigation en pirogue dans le Saloum, nous permet de regagner "Voyage" qui se dandine tranquillement au mouillage.

Trois jours nous serons nécessaires pour réinstaller la bôme, les voiles, l'éolienne, le taud pare-soleil, les cagnards, la capote... pleins de petites choses qui prennent bien du temps. De plus, nous sommes à la fin de la saison des pluies et la température très élevée nous impose... de longues siestes.

Nous assistons aux dernières pluies torrentielles de "l'hivernage". Elles nous permettent, grâce au récupérateur d'eau intégré dans le taud pare-soleil et des tuyaux reliés directement aux réservoirs, de faire 600 litres d'eau en moins de deux heures. C'est génial.

LE CARÉNAGE AU CLUB DE VOILE DE DAKAR

Il est grand temps de penser à nos futures navigations vers l'ouest, mais nous devons auparavant nettoyer les fesses de "Voyage", travaux appelés en termes de marin "faire le carénage".

Le rendez-vous est pris avec les responsables du club de voile de Dakar (CVD). Là, pour sortir le bateau de l'eau, pas de système moderne tels que travelift ou slipway. Rien de tout cela. On travaille à l'ancienne, dans une ambiance "Africaine".

Imaginez un genre de chariot monté sur des roues de camion que l'on immerge à marée haute afin de venir positionner la quille du voilier. Jusque-là, tout est OK. Ensuite on tire et remonte le tout sur la plage par un système ingénieux de câbles et de réas actionnés par un treuil électrique. Et c'est là que le bateau se transforme en véhicule tout terrain en épousant tant bien que mal le relief sur une centaine de mètres et croyez-moi, que vous soyez à votre bord ou sur la plage, les sensations sont fortes !!! Enfin, cela marche parfaitement bien.

Une fois le bateau tiré à terre, la main d'œuvre locale prend les choses en main. Croyez-moi, ils ont du mérite ces jeunes-là, car par 40 degrés en plein soleil, c'est un travail de titan et il ne faut pas être feignant.

Trois jours plus tard "Voyage" est fin prêt à sillonner les océans. Encore un grand bravo à tous les bénévoles du Club de Voile de Dakar, qui font de ce site un havre de paix, de rencontres et de convivialité.

LES ILES DU CAP VERT

Un pays encore vierge à découvrir avec respect. On ne va pas au Cap-Vert pour y retrouver l'atmosphère de l'Europe et la beauté des plages des Antilles. Les palmiers se font plutôt rares et le sable des plages est le plus souvent volcanique. Mais c'est justement ce que l'on peut aimer ! Un monde isolé et touchant, où les habitants, fiers et heureux, ne sont pas corrompus par le tourisme de masse.

Nous quittons le continent africain avec pour dernier cadeau un beau thon au bout de la ligne de traîne. Par contre, un vent contraire ne nous permet pas de faire un bon cap. Nous subissons les éléments pendant trente-six heures avant de regagner des conditions de navigation plus habituelles pour la saison.

L'île de Sal apparaît dans la brume à l'aube du troisième jour et nous avons un sourire de satisfaction en pensant aux retrouvailles avec Jacqueline et Fernand du bateau franco-belge Embrun. Nous pénétrons dans la baie de Palmeria sans distinguer les deux mats d'Embrun. L'ancre n'est pas encore mouillée lorsque l'équipage d'un bateau voisin se manifeste :
- Bonjour, vous êtes les Biquets ?
Nous répondons d'un signe positif en éteignant le moteur.
- Vous êtes bien les amis de Jaqueline et Fernand ?
- Oui, pourquoi ? où sont-ils ?
Malgré la distance qui nous sépare, nous ressentons une gêne et un temps d'hésitation, pour finir par nous entendre répondre :
- Ils ont coulé !
- Quoi, qu'est-ce qu'il dit ? Ce n'est pas possible !

Nous sautons dans l'annexe et allons à leur bord écouter les explications : le bateau a bien coulé, mais ils sont sains et saufs. Ils ont percuté une épave à fleur d'eau dans l'entrée du port de Mindelo sur l'île de Sao Vicente. Le bateau a sombré en trois minutes dans 5 mètres d'eau, ils ont eu juste le temps de sauter dans l'annexe munis de leurs papiers. Ils ont réussi à le faire renflouer seulement trois jours après. Cela s'est passé il y a une semaine, et ils sont hébergés actuellement chez des locaux ; ils semblent garder le moral.

Nous regagnons notre bord complètement traumatisés, nous posant bien des questions sur leur situation et leur avenir. Nous avons bien sûr l'intention de les retrouver sur site, mais pour l'instant nous préparons le bateau pour faire la partie nord de l'archipel des îles du Cap-Vert.

Le bateau prêt et avitaillé nous accueillons Michelle, Marie, Luc et Jean-Claude pour une croisière hors des sentiers battus. Nous avons la chance d'y trouver de bonnes conditions de navigation malgré la mauvaise réputation (mouillages rouleurs et vents violents). Nous avons à plusieurs reprises laissé "Voyage" sans crainte au mouillage pour la journée nous permettant d'aller visiter l'île de Sal, de Sao Nicolao.

             

Nous retrouvons le mouillage devant le petit village de Carriçal mais la conserverie de thon que nous avions connue en 1992 a fermé ses portes, les hommes ont déserté, il n'y a plus de travail, seuls quelques femmes et enfants se meurent doucement dans la nostalgie du passé.

La pêche à la traîne bat son plein pour régaler l'équipage, avec tous les jours thon grillé ou en steak tartare (dommage que nous ayons perdu l'hélice de la machine à broyer, c'était un délice), daurades coryphènes ou carangues. Nous poursuivons par l'île déserte et lunaire de Santa Lucia et terminons la ballade nautique par l'île de Sao Vicente.

Il faut tout de même préciser que plusieurs vols à l'intérieur des bateaux étaient à déplorer durant les nuits et qu'un climat d'insécurité régnait au mouillage de Mindelo. Cette escale sera à l'avenir à éviter par les plaisanciers… qu'on se le dise.

Bye bye Michelle, Marie, Luc et Jean-Claude et bon retour sur l'hexagone.

Dés le lendemain nous retrouvons nos amis Jacqueline et Fernand qui, à notre grand soulagement, ont toujours un moral d'acier. Fernand optimise en pensant qu'il s'agit d'un léger contretemps à leur long voyage et que cela va leur permettre de bien visiter l'île en attendant que les travaux sur Embrun s'achèvent. "Alors maintenant, allons fêter nos retrouvailles !" Ils sont super ! Nous resterons quatre jours en leur compagnie, et allons visiter le bateau (un Beaufort 14). Il est actuellement entièrement déshabillé, l'électricité, les vernis, la sellerie, le moteur, l'électronique sont à refaire puisqu'il est resté immergé jusqu'au rouf. La coque, quant à elle, est déchirée en trois points.

Enfin, grâce à ces deux êtres nous prenons une magnifique leçon de courage et de volonté. Ils savent rester positifs et optimistes dans une telle situation. Bravo à tous les deux, à tout de suite, nous vous attendons au plus vite aux Antilles.

LA TRAVERSÉE DE L'ATLANTIQUE A LA VOILE

Nous ne pouvons pas nous attarder plus longtemps car nous avons un nouveau rendez-vous avec Jean-François et son amie Ahidoba qui sont déjà venus nous rendre visite au Sénégal. Au départ de Sao Vicente, destination les îles du sud via Santa Lucia, Sao Nicolao et Santiago. Ahidoba ne dispose que de quelques jours de vacances qu'elle passe avec son amour. Cela n'est pas le cas de Jean-François qui a du temps devant lui. Il vit la fameuse "année sabbatique" et ce qui devait arriver arriva. Voilà que dès les premiers jours, il se propose de nous aider à traverser l'Atlantique ! Nous nous efforçons de lui faire comprendre que ce n'est pas une partie de plaisir et que nous ne souhaitons pas être aidés (surtout par un marin qui a seulement quelques heures de pratique…). Vous me direz que suite à des troubles digestifs, il sait déjà donner à manger aux poissons à travers les filières. Nous faisons tout pour le décourager en lui présentant les pires scénarios et les conséquences qu'ils peuvent avoir :
- Tu sais c'est très long… 15 à 20 jours, sans oublier les nuits à se faire ballotter sans trop dormir, ni manger et parfois sans même se laver !!!
- A voir comment tu réagis avec tes troubles digestifs, c'est au moins 10 kilos que tu vas perdre, sans parler du bateau qui se transforme en clip pour la pub Orangina ou en machine à laver sur programmation essorage.

Sa protégée renchérit :
- Mais bien sûr. Et que vas-tu faire au milieu de l'Atlantique ? Il n'y a rien à voir ! Tu recherches une sirène ou quoi ?

Nous reprenons sans relâche :
- Imagine la tête que va faire Ahidoba à ton arrivée, tu seras complètement décalqué et amaigri ! C'est sûr, elle m'envoie devant les tribunaux et fini pour nous notre beau tour du monde. Non, non, oublie, ce n'est pas une bonne idée, même si tu en rêves depuis tout petit.

Le problème pour nous c'est qu'il est bien sympa notre Jean-François, de plus il est calme et posé. Nous allons peut-être craquer. Quelques jours plus tard, sur l'île de Santiago, Ahidoba quitte le bord pour retrouver la fraîcheur de la Suisse… sans son Jean-François.

Nous fêtons les retrouvailles avec Jo et Michel que nous avons eus à bord de Voyage en 1997, pour une croisière sur les îles Baléares. Rapidement suite à cette "première", ils décident eux aussi d'être propriétaires. Quelques années ont passé et les voici à bord de "Let it Be" pour une année sabbatique et une virée autour de l'Atlantique. (Petit clin d'œil pour les suivants : Claudette et Jean-Louis…)

   

Brava, l'île du bout du monde. Nous y retrouvons Tony et sa famille (notre premier passage à Furna en 92) et également Alberto, le pêcheur de langouste avec qui nous passons de très agréables moments. Au mouillage de Faja d'Agua, Maria est toujours là, avec toute sa famille. Quelle joie de retrouver toutes ces connaissances.

    

Brigitte et José Andrade nous préparent un superbe repas de fête avant notre départ. Ils pourront vous recevoir dans la magnifique pension Sol Na Baia à Faja d'Agua sur l'île de Brava, dès le mois de Mai 2002. Une escale à ne pas rater, une adresse à ne pas oublier. Ce couple pétille de bonheur et de gaieté.

LA TRAVERSÉE SUR LES ANTILLES : CAP AU 280°

Malgré notre équipage de trois personnes, pour des raisons de sécurité, nous préférons traverser l'Atlantique en petite flottille, comme nous en avons pris l'habitude. Très vite nous formons une flotte de 6 voiliers avec un départ prévu le 4 décembre de Brava. Il nous reste donc 2 jours pour nous préparer et tous les équipages s'affairent sur les ponts pour ces 15 à 20 jours de mer. Jo et Michel font bien sûr partie de la bande des 6…

Le jour J est arrivé. La météo prévoit un temps sympa, les ancres sont levées.

Les trois premiers jours de navigation se déroulent avec de bonnes conditions météo, ce qui nous permet de nous amariner sans effort. Mais il n'en va pas de même pour Jean-François qui n'arrive pas à se mettre quelque chose sous la dent ! Il ne cause plus beaucoup, la grande Bleue l'impressionne un peu. Dans tous les cas, il ne semble pas au mieux de sa forme.

Nous avons 4 fois par jour des contacts avec tous les voiliers de la flottille soit par VHF ou BLU selon l'éloignement de chacun. Nous avons aussi des contacts réguliers avec des RATM (tels que Daniel, Norbert, Alain, Charles et bien d'autres) qui nous donnent la météo sur site, prennent nos positions, et rassurent nos proches restés à terre. Sur d'autres fréquences il y a aussi Jacky et Mathias qui restent en veille à l'écoute des maritimes mobiles et font le relais "radio cocotier" avec nos familles. Un grand merci à tous pour l'aide et le réconfort que vous nous apportez dans cette immensité. Il y a également les "amis bateau" qui nous attendent au Marin en Martinique pour fêter notre arrivée et les fêtes de fin d'année. Dur, dur l'agenda pour planifier, nous allons être surbookés. Hé, Hé !!

Les jours se suivent mais ne se ressemblent pas. La météo de RFI annonce du RIFIFI avec de la pluie et une mer agitée à forte. La nuit tombe et le ciel se couvre d'immenses nuages noirs. Viennent le tonnerre et les éclairs, c'est un véritable déluge qui s'abat sur nous. Les grondements vont en s'amplifiant. La foudre tombe à quelques milles du bateau. Dans une ambiance terrifiante avec l'impression d'une fin du monde imminente, Jean-François se réveille :

- Biquet je crois que je flippe… mais qu'est ce que je fous là ?!!!

Pas de réponse, Philippe est à la barre, essayant de masquer ses angoisses. Dieu merci, au petit matin le calme est revenu, mais une houle de nord gonfle la mer.

De temps en temps un joli thon, barracuda ou dorade coryphène a la bonne idée de mordre à l'hameçon et de s'inviter à bord, afin de nous retaper avec une dose de vitamines. Même Jean-François y goûte un peu !

Nous sommes bientôt à mi-parcours et allumons la radio pour nous positionner comme à chaque lever du jour. Il est tout juste 8 heures TU. Aussitôt une voix forte lance un "Mayday". C'est Gaétan qui annonce avoir une importante voie d'eau. Il a percuté une masse, au niveau du safran, soit une baleine, un container, une bille de bois, il ne sait pas trop. Toujours est il que le bateau prend l'eau ! Ils écopent avec sa femme afin de maintenir le voilier à flot en attendant les secours. Aussitôt les deux voiliers se trouvant au plus près se déroutent pour leur porter assistance. L'un devrait être sur zone dans 3 heures et le deuxième avant la nuit. Les RATM sont présents sur la radio et font le relais avec la flotte. L'ambiance est tendue sur les ondes et avant la tombée de la nuit nous apprenons que les deux voiliers abandonnent le bateau qui est en train de couler par 3.000 mètres de fond. Heureusement Gaétan et sa femme sont hors de danger et sont à présent sur le bateau d'André. Toute la flotte est touchée par cette tragédie et seulement un grésillement à la radio se fait entendre…

Les jours qui suivent sont encore plus pénibles, l'alizé est toujours inexistant. Une forte houle est provoquée par un train de dépression qui passe plus au nord. Les orages se développent durant les nuits. Cuisiner et dormir tiennent de l'exploit et je préfère ne pas parler de la vaisselle qui suit afin de rester correct…

Nous sommes toujours en contact VHF avec Michel et Jo et nous éprouvons beaucoup de plaisir à nous retrouver côte à côte au milieu de cette immensité.

Enfin, quinzième jour de mer, nous contournons l'île de la Martinique par le sud, pour venir mouiller dans la baie du Marin. C'est l'un des lieux pilotes de départ pour les croisières voiles charters aux Antilles.

La majeure partie de la flotte part de ce point pour naviguer dans les Grenadines, ou sur les îles du Venezuela si l'équipage dispose de plus de temps.

Jeudi 20 décembre, nous sommes heureux. Une sensation de bien être, de travail bien accompli, et le bonheur d'être arrivé sans problème jusqu'ici. Une pensée va à notre famille, nos amis, qui nous ont suivi par l'intermédiaire de la balise de positionnement embarquée et bien sûr de Danielle et Gaétan qui seront avec nous dans quelques heures. Quant à Jean-François, riche de sa nouvelle expérience, il nous quitte afin de retrouver son amour pour les fêtes de fin d'année. Il n'a pas perdu plus de 6 kilos ! Ouf j'espère que Ahidoba ne nous en voudra pas trop.

Cette traversée accomplie nous permet de rêver maintenant à des mouillages de rêve protégés par la barrière de corail, que ce soit dans les Grenadines ou sur les îles du Venezuela qui sont si belles à nos yeux.

Et surtout plus d'océan capricieux, plus de traversée avant plusieurs années. Ce sera maintenant de la navigation côtière, protégée de la grande houle du large.

Merci maître Océan et sire Eole de nous avoir laissé passer pour la 5eme fois.
Merci aussi à toi "Voyage" qui s'est battu si fièrement et tout simplement MERCI LA VIE !

A SUIVRE ...


Pour nous retrouver à bord, embarquez sur "Voyage" CLIQUEZ ICI

Nos prochaines propositions de croisières :
Page précédente
Page accueil des Biquets
Accueil du site Loren
Page suivante
E-mail aux Biquets : Cliquez ICI
Sommaire des liens de Loren